RDC : les dessous d’une mobilisation hors norme pour briser trente ans d’impunité

Écouter la lecture⏱ ~4 min

Une pétition de six millions de voix pour sortir du silence

En République démocratique du Congo, une dynamique citoyenne d’une ampleur inédite prend forme. L’organisation Amnesty International pilote une campagne baptisée « 6 millions de voix pour la justice au Congo ». Objectif affiché : recueillir six millions de signatures via une pétition pour exiger que les victimes des conflits à répétition obtiennent enfin réparation. Derrière ce chiffre symbolique se cache une réalité brutale : plus de trois décennies de violences, des millions de morts et une impunité qui semble s’être installée dans le paysage congolais.

« Nous sommes nés en guerre » : le cri d’une génération sacrifiée

À Goma, dans le quartier de Kasika, Noël Chiza incarne cette lassitude. Âgé de 37 ans et père de cinq enfants, il explique n’avoir jamais connu autre chose que la guerre. Victime de multiples violences, il s’insurge de voir ceux qu’il désigne comme ses bourreaux occuper aujourd’hui des postes à responsabilité au sein des institutions publiques, plutôt que de rendre des comptes devant la justice.

« Nous sommes nés en guerre, nous grandissons en guerre, nous avons vécu des atrocités de tout genre et nous risquons même de mourir en guerre. C’est pourquoi nous ne pouvons pas continuer à récompenser ceux qui ont commis des crimes en les intégrant dans les institutions, que ce soit au niveau local ou national », témoigne-t-il.

L’envers du décor : des millions de survivants oubliés

Le chiffre de six millions de signatures renvoie au nombre estimé de personnes décédées des suites des conflits dans l’est de la RDC. Mais cette statistique macabre occulte une autre réalité : des millions de victimes toujours vivantes, souvent invisibles, qui portent les stigmates de décennies de violence.

Josué Wallay fait partie de ces déplacés que la guerre a arrachés à leur terre. « Aujourd’hui, je suis déplacé à Kinshasa, loin de ma communauté et de mon cadre de vie, à cause des conflits qui sévissent dans l’est de la RDC. Ce déplacement n’est pas un choix de confort ; c’est une rupture avec mon environnement, mes habitudes, mes activités et une partie de ce qui donnait un sens à mon quotidien. Les conflits m’ont affecté à plusieurs niveaux », confie-t-il.

La justice, condition sine qua non d’une paix durable

Pour Raphaël Wakenge, défenseur des droits humains engagé dans la campagne, l’impunité constitue le verrou qui empêche toute sortie de crise. « La justice congolaise souffre non seulement d’un manque de capacités, mais aussi d’un manque de volonté politique. Nous avons besoin d’une justice capable d’apporter des réponses aux victimes, notamment à travers des réparations. Nous appelons toutes les personnes solidaires des victimes congolaises à se joindre à cette campagne », plaide-t-il.

Au-delà de la pétition, Amnesty International réclame que le 1er octobre soit instauré comme « Journée nationale de réflexion et d’action sur les crimes de droit international commis en République démocratique du Congo ». Une manière d’inscrire durablement ce combat dans la mémoire collective et de forcer les autorités à répondre de leurs responsabilités.

Abonnez-vous au flux :

More From Author

Manifestations lycéennes : derrière la violence, les rouages d’une crise politique en marche