RDC : le manque de fonds de l’ONU menace la mission d’enquête dans le Nord-Kivu

Les Nations Unies peinent à financer pleinement la Commission d’enquête indépendante sur les violations des droits de l’homme dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette situation fragilise considérablement ses capacités à mener ses missions sur le terrain, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où la crise sécuritaire et humanitaire s’aggrave.

Un mandat crucial face à des défis opérationnels majeurs

Créée en février 2025 par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, cette Commission a pour mission d’enquêter sur les exactions commises dans l’est de la RDC, d’identifier les responsables et de préserver les preuves en vue de futures poursuites judiciaires. Ses travaux s’inscrivent dans un contexte marqué par une escalade des violences depuis janvier 2025, avec des conséquences dramatiques pour les populations civiles.

Lors de sa première intervention publique à Genève le 29 juin 2026, Arnauld Akodjenou, président de la Commission, a tiré la sonnette d’alarme sur les « contraintes financières globales des Nations Unies » qui limitent sévèrement son action. « Ces difficultés impactent directement notre capacité à déployer des enquêteurs, à assurer l’interprétation simultanée, le soutien analytique, le financement des missions et une présence constante sur le terrain », a-t-il expliqué.

Des obstacles qui entravent l’accès aux zones en crise

Malgré ces contraintes, la Commission a mené des consultations à Kinshasa, rencontrant divers acteurs : victimes, défenseurs des droits humains, représentants du gouvernement, diplomates et organisations internationales. Toutefois, l’insécurité persistante dans l’est du pays, notamment à Goma, a empêché jusqu’à présent une investigation directe dans les zones les plus touchées.

La Commission a réitéré son intention de se rendre dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu dès que les conditions le permettront. En attendant, elle appelle à un accès humanitaire sans entrave pour les populations vulnérables : femmes, enfants, personnes âgées et handicapées, particulièrement exposées aux violences et aux crises sanitaires comme l’épidémie d’Ebola.

Protéger les acteurs locaux et garantir la transparence

Arnauld Akodjenou a également insisté sur la nécessité de protéger « tous ceux qui collaborent avec les mécanismes de l’ONU », y compris les journalistes, défenseurs des droits humains et représentants communautaires. « Aucune intimidation, représailles ou mesure de rétorsion ne doit être tolérée », a-t-il déclaré, soulignant que la Commission a reçu pour instruction de documenter les faits, préserver les preuves et établir les responsabilités.

La résolution 37/1, adoptée en février 2025, charge explicitement la Commission d’examiner les violations des droits humains, les violences sexuelles et sexistes, ainsi que les crimes internationaux commis dans le cadre du conflit. Ces investigations sont essentielles pour briser le cycle de l’impunité et apporter une réponse judiciaire aux victimes.

Un appel à l’engagement international

Face à l’ampleur des défis, la Commission réaffirme sa détermination à remplir son mandat avec « indépendance, sérieux et diligence », malgré les obstacles financiers. « Les souffrances des populations exigent une attention soutenue, des enquêtes rigoureuses et un engagement international résolu », a conclu Arnauld Akodjenou. La communauté internationale est appelée à soutenir financièrement et logistiquement cette mission pour éviter que la crise ne s’aggrave davantage.

Sans un appui renforcé, la capacité de la Commission à documenter les exactions et à contribuer à la stabilisation de la région restera limitée, mettant en péril les efforts de paix et de justice dans l’est de la RDC.