Pourquoi le football ne doit plus occulter les crises profondes du Cameroun

Alors que le Cameroun traverse une période de turbulences majeures, une question fondamentale se pose : pourquoi le ballon rond continue-t-il de monopoliser l’attention alors que les fondements de la nation vacillent ? L’absence des Lions Indomptables à la prochaine Coupe du monde aurait dû sonner comme un signal d’alarme, pourtant, le débat public reste prisonnier de polémiques sportives stériles.

Une passion dévorante face à une réalité institutionnelle fragile

Le football camerounais, autrefois symbole de puissance et de réussite, n’est plus que l’ombre de lui-même. Entre gestions contestées, scandales à répétition et infrastructures défaillantes, la discipline traverse une crise de gouvernance profonde. Si l’admiration pour des figures comme Samuel Eto’o reste intacte pour beaucoup, elle ne doit pas servir d’écran de fumée aux dysfonctionnements de l’État.

Dans un contexte où l’actualité politique Cameroun est marquée par l’attente interminable d’un remaniement gouvernemental, le silence des institutions est assourdissant. Le poste de vice-président, créé par une révision constitutionnelle, demeure désespérément vacant. Plus inquiétant encore, l’absence prolongée de Conseil des ministres ou de Conseil supérieur de la magistrature interroge sur la normalité du fonctionnement républicain.

L’État de droit et les urgences sociales en péril

La crédibilité de la justice est également mise à rude épreuve. Entre mandats d’amener non exécutés sur ordre administratif et ordonnances de mise en liberté qualifiées de faux après coup, l’insécurité juridique gagne du terrain. Pendant ce temps, les citoyens font face à des défis quotidiens accablants :

  • Dégradation avancée du réseau routier ;
  • Accès précaire à l’eau potable et à l’électricité ;
  • Chômage persistant des jeunes diplômés ;
  • Explosion du coût de la vie pour les ménages.

La responsabilité des leaders d’opinion

Se focaliser sur le football alors que le pays brûle est une stratégie de diversion qui profite au statu quo. Les intellectuels, universitaires et journalistes ont le devoir de recentrer le débat sur les enjeux structurels. Il ne s’agit pas d’abandonner le sport, mais de hiérarchiser les urgences nationales. Le divertissement ne doit pas occulter la nécessité d’une gouvernance responsable et d’une justice transparente.

Le Cameroun mérite une sphère publique qui éclaire ses citoyens au lieu de les distraire. L’histoire jugera ceux qui auront choisi de débattre d’un tournoi auquel la nation ne participe pas, plutôt que de s’attaquer aux racines du mal qui ronge le pays. Le renouveau national passe par une prise de conscience collective des véritables priorités institutionnelles et sociales.