Niger : une année sombre pour les droits humains après le coup d’État militaire
Un an après le coup d’État qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum, le Niger traverse une période critique marquée par une répression systématique des opposants, des journalistes et des défenseurs des droits humains. Les autorités militaires, dirigées par le général Abdourahamane Tiani, ont multiplié les arrestations arbitraires, les restrictions des libertés et les violations des droits fondamentaux, selon les rapports d’organisations internationales.
une répression généralisée contre l’opposition et la société civile
Les nouvelles autorités ont détouré de son mandat l’ancien président Mohamed Bazoum, sa famille et plusieurs membres de son gouvernement. Plus de 30 responsables du régime déchu, dont d’anciens ministres et conseillers, ont été incarcérés sans procès équitable. Parmi eux, certains croupissent en détention depuis des mois, privés de tout contact avec leurs avocats ou leurs familles. Quatre personnes ont été libérées sous caution, mais la majorité reste accusée d’« atteinte à la sûreté de l’État », une qualification souvent utilisée pour museler les critiques du pouvoir.
Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, dénonce : « Un an après le putsch, les militaires nigériens ont choisi la voie de l’oppression plutôt que celle du respect des droits humains. Ils doivent libérer sans délai toutes les personnes détenues pour des motifs politiques et rétablir les libertés fondamentales. »
les médias étouffés sous la pression des autorités
La liberté de la presse au Niger a subi un recul dramatique depuis juillet 2023. Les journalistes subissent arrestations arbitraires, menaces et autocensure par crainte de représailles. Plusieurs cas illustrent cette stratégie d’intimidation :
- Samira Sabou, blogueuse et journaliste, a été arrêtée en septembre 2023 par des hommes se présentant comme des forces de sécurité. Détention secrète pendant une semaine, puis inculpée pour « diffusion de données troublant l’ordre public ». Son procès reste en suspens.
- Ousmane Toudou, ancien conseiller en communication de Bazoum, a été emprisonné en avril 2024 pour avoir critiqué la junte sur les réseaux sociaux. Il est accusé de « complot contre la sûreté de l’État ».
- Soumana Maiga, directeur du journal L’Enquêteur, a été incarcéré après avoir relayé une enquête sur une présence russe présumée dans des bâtiments officiels. Libéré sous conditions en juillet 2024.
- Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en haoussa, a fui le pays après des menaces de mort de partisans de la junte, qui l’accusaient de « déstabiliser le Niger ».
En janvier 2024, les autorités ont suspendu la Maison de la Presse, une organisation indépendante, et imposé un comité de contrôle des médias placé sous l’autorité du ministère de l’Intérieur. Une mesure jugée anticonstitutionnelle par les défenseurs de la liberté d’expression.
des lois liberticides pour museler toute voix dissidente
Le ministère de la Justice a récemment modifié la loi sur la cybercriminalité, rétablissant les peines de prison pour les infractions liées à la diffamation en ligne. Une décision qui renforce la censure et pourrait cibler les activistes et les journalistes. Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, alerte : « Ces changements légaux sont un danger pour la démocratie et risquent de transformer le Niger en un État où toute critique sera réprimée. »
Par ailleurs, une circulaire ministérielle interdit désormais aux ONG de défense des droits humains d’accéder aux prisons, violant le droit international ratifié par le Niger, comme la Convention contre la torture.
transparence militaire sacrifiée sur l’autel du pouvoir
Malgré les promesses de lutte contre la corruption, les autorités ont aboli en février 2024 tout contrôle sur les dépenses militaires. Une ordonnance présidentielle exonère les forces armées de toute obligation de transparence budgétaire, les soustrayant ainsi à toute redevabilité. « L’opacité des dépenses militaires favorise la corruption et affaiblit l’État de droit », souligne Ilaria Allegrozzi, chercheuse chez Human Rights Watch.
Les organisations internationales appellent les autorités nigériennes à :
- Libérer immédiatement toutes les personnes détenues arbitrairement.
- Rétablir les libertés d’expression, d’opinion et d’association.
- Rendre publics les budgets et dépenses militaires.
- Annuler les réformes liberticides et respecter les traités internationaux.
Un an après le coup d’État, le Niger s’enfonce dans une crise des droits humains sans précédent. La communauté internationale, notamment la CEDEAO et l’Union africaine, a déjà sanctionné les putschistes, mais les violations persistent. La situation exige une réaction urgente pour éviter une dérive autoritaire.
