Niger : tsümco prend le relais d’orano sur le site uranifère d’arli

Le Niger franchit une étape majeure avec la création officielle de la Timersoï Uranium Mining Company (TSUMCO), une entreprise publique destinée à prendre le contrôle de l’exploitation des gisements d’uranium d’Arlit, situés dans le nord du pays. Cette initiative s’accompagne de la fin de la concession historique accordée au groupe français Orano, anciennement connu sous le nom d’Areva, sur l’un des plus importants bassins miniers du Sahel. Une décision qui s’inscrit pleinement dans la stratégie de souveraineté économique mise en œuvre par les autorités nigériennes en place à Niamey.

Une compagnie nationale pour relancer l’exploitation uranifère d’Arlit

La mise en place de TSUMCO reflète l’ambition du Niger de maîtriser intégralement la chaîne de production de l’uranium, un minerai classé parmi les ressources stratégiques du pays. Le site d’Arlit, exploité depuis les années 1970, a longtemps joué un rôle central dans l’approvisionnement en combustible nucléaire pour la France. Avec cette transition, l’État nigérien passe du statut d’actionnaire minoritaire à celui d’opérateur direct, un changement structurel aux implications majeures.

Cette mutation soulève des défis techniques et logistiques importants. L’exploitation d’un gisement uranifère nécessite une expertise spécialisée, des normes strictes de radioprotection et des partenariats commerciaux stables. TSUMCO devra rapidement trancher des questions clés : intégration des travailleurs locaux, maintenance des infrastructures et sélection de collaborateurs pour la transformation et l’exportation du minerai.

Orano, un partenaire historique en voie de départ

Pour Orano, la perte de la concession d’Arlit marque la fin d’une relation de plus de cinquante ans au Niger. Le groupe, successeur de Cogema puis d’Areva, gérait deux entités emblématiques : la Société des mines de l’Aïr (Somaïr) et la Compagnie minière d’Akouta (Cominak), cette dernière ayant déjà cessé ses activités en 2021. Depuis le renversement politique de juillet 2023 et l’évolution des relations entre Niamey et Paris, le devenir des actifs français au Niger s’est fortement dégradé.

Le retrait du permis d’exploitation du gisement d’Imouraren, annoncé en 2024, avait déjà envoyé un signal fort. La fin de la concession d’Arlit confirme la volonté du Niger de tourner définitivement la page de la coopération minière avec son ancien partenaire. Des tensions pourraient persister sur le plan juridique, Orano ayant déjà engagé des recours arbitraux sur d’autres dossiers nigériens.

Souveraineté minière et recherche de nouveaux partenariats

La création de TSUMCO s’inscrit dans un mouvement plus large observable au Sahel. Au Mali comme au Burkina Faso, les gouvernements issus des transitions militaires révisent leurs codes miniers, renégocient les conventions et augmentent la part de l’État dans les projets extractifs. Le trio formé par le Niger, le Mali et le Burkina Faso, regroupé au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), affiche désormais une vision résolument souverainiste de l’exploitation des ressources naturelles.

Pour Niamey, l’enjeu est double : diversifier les débouchés commerciaux et maximiser les retombées économiques. La Russie, la Chine, la Turquie et plusieurs pays du Golfe sont régulièrement évoqués comme partenaires potentiels pour l’uranium nigérien. Ce minerai, qui couvrait environ 20 % des besoins européens en combustible nucléaire ces dernières années, pourrait voir ses circuits d’exportation profondément remodelés. Les contrats à long terme signés avec EDF et d’autres électriciens français devront être réévalués à l’aune de cette nouvelle donne.

Sur le plan financier, l’uranium a souvent été critiqué pour sa contribution limitée aux recettes publiques nigériennes. Sous gestion nationale directe, TSUMCO pourrait générer des marges accrues, à condition de sécuriser des marchés solvables et de maîtriser les coûts de production. À court terme, la priorité absolue reste la continuité de l’exploitation, la préservation des emplois locaux et le respect strict des normes de sécurité radiologique.

Ce dossier illustre l’ampleur du bouleversement géoéconomique en cours au Sahel. Au-delà du symbole politique, la naissance de TSUMCO engage le Niger sur une voie exigeante, où l’affirmation de la souveraineté minière devra se concrétiser par des résultats industriels concrets.