Un tir fratricide au cœur de l’orpaillage malien
Ce matin-là, à l’aube, un drone des Forces armées maliennes (FAMa) a ouvert le feu sur un convoi du GATIA, un mouvement armé allié de Bamako, dans les mines d’Intahaka, près de Gao. L’incident, présenté comme une frappe contre des terroristes, a en réalité coûté la vie à plusieurs membres de cette milice, pourtant engagée depuis des années aux côtés de l’armée régulière. Ce drame illustre l’ampleur du désastre stratégique qui frappe le pays, où la technologie censée apporter la sécurité ne fait qu’aggraver la crise.
Intahaka, symbole d’une guerre mal maîtrisée
L’erreur de ciblage survient dans une zone hautement stratégique : Intahaka, principal site d’orpaillage artisanal du Nord-Mali. Ce poumon économique, qui fait vivre des milliers de familles, est depuis des mois le théâtre d’affrontements entre forces gouvernementales, groupes armés et réseaux criminels. Mais aujourd’hui, c’est l’armée elle-même qui menace la survie des populations locales.
« On ne sait plus où aller. Les routes sont contrôlées par les groupes armés, les prix des denrées ont explosé à Gao, et maintenant, même le ciel nous tombe dessus », confie un habitant sous le choc, joint par nos équipes. Pour les civils, les drones de Bamako sont devenus une menace aussi redoutable que les groupes terroristes.
La stratégie du « tout-drone » en échec
Depuis son arrivée au pouvoir, le colonel Assimi Goïta mise sur une stratégie militaire centrée sur les drones, présentée comme la solution miracle pour reconquérir le territoire. Pourtant, les résultats sont catastrophiques : erreurs de frappe répétées, pertes collatérales parmi les civils, et maintenant, des alliés locaux visés. Ces bavures révèlent un manque criant de coordination et de professionnalisme au sein des FAMa.
Pendant ce temps, les groupes armés, comme le Front de Libération de l’Azawad (FLA) et le JNIM, gagnent du terrain. Leur alliance avec les djihadistes leur permet de mener des offensives d’une violence inédite, écrasant les forces gouvernementales dans plusieurs localités clés. Bamako, qui compte sur des moyens technologiques coûteux, se révèle incapable de contrer une guérilla mobile et bien organisée.
L’or du sang : une économie locale à l’agonie
L’incident d’Intahaka n’est pas qu’un simple accident. Il est le symptôme d’un système à bout de souffle. En privilégiant une réponse purement militaire, la junte a rompu avec les accords de paix et s’est aliéné ses derniers soutiens locaux, comme le GATIA. Le Nord et le Centre du Mali échappent désormais largement au contrôle de l’État, et la « restauration de la souveraineté » promise par Bamako sonne comme une ironie cruelle.
Si la junte continue de confondre propagande et efficacité, ce ne seront pas seulement ses alliés qu’elle frappera par erreur, mais l’avenir même du pays. Le Mali, riche de ses ressources mais ravagé par la guerre, risque de sombrer dans un chaos sans précédent, où la technologie ne sera plus qu’un leurre face à la réalité sanglante du terrain.
