Mali : la proposition de Bruno Fuchs pour des négociations avec le JNIM

La stratégie de la France concernant la crise complexe au Mali se précise. Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale et figure du parti MoDem, a récemment partagé une analyse sans détour sur la situation, évoquant des pistes pour l’avenir politique et la sécurité au Sahel.

Au-delà des perspectives optimistes sur la reconquête de l’influence française en Afrique, conditionnée par la suppression de « facteurs irritants » comme le franc CFA ou les questions de visas, l’entretien révèle une tension. Il oscille entre la volonté affichée d’abandonner les vestiges de la « Françafrique » et une ambition persistante de regagner du terrain face à la présence russe sur le continent.

Le discours concernant le Mali se distingue par son caractère tranchant. Bruno Fuchs, rejoignant visiblement certains stratèges militaires et politiques français, anticipe un scénario précis : il estime que la Russie est en passe de négocier son retrait du Mali et que le pouvoir en place à Bamako, dirigé par le colonel Assimi Goïta, est voué à s’effondrer d’ici quelques semaines ou mois.

Face à une question sur l’éventuelle satisfaction française quant aux difficultés militaires russes dans le nord du Mali, faisant écho à une déclaration antérieure d’Emmanuel Macron sur les conséquences du départ des forces françaises, le député a reformulé l’idée : le retrait du partenaire français s’est avéré contre-productif pour le pays.

La vulnérabilité de la junte malienne

Bruno Fuchs développe son analyse : la junte malienne serait désormais en position de faiblesse face aux forces du FLA et du JNIM. Pour lui, un changement de régime au Mali est inéluctable dans un futur proche, qu’il s’agisse de semaines ou de mois.

Le parlementaire s’aventure ensuite sur le terrain des choix cruciaux pour les Maliens. Selon lui, les habitants se trouvent devant une alternative : d’un côté, les groupes djihadistes – qu’il qualifie de « djihadistes intégristes », un concept qu’il nuance en précisant que cela ne s’applique pas à tous – et les rebelles du FLA ; de l’autre, la perspective d’un retour à une vie démocratique, aux libertés publiques et à la situation d’avant la crise, ignorant les quatorze années de conflit qui ont déjà éprouvé la population.

Intégrer le JNIM dans la gouvernance : une question délicate

Avec une assurance notable, Bruno Fuchs esquisse l’avenir politique du Mali, présentant deux scénarios principaux. Le premier envisage une négociation : si la junte et le président Assimi Goïta se montrent « raisonnables », des discussions s’ouvriraient pour une transition de trois à six mois. Cette période serait dirigée par un militaire autre qu’Assimi Goïta, menant à des élections rapides. Cependant, une telle transition, potentiellement influencée par le JNIM, soulèverait une question majeure : comment intégrer ce groupe dans la gouvernance et le travail commun ? Cette interrogation est d’autant plus épineuse que le JNIM est affilié à Al-Qaïda et que son chef, Iyad Ag Ghali, a été une cible prioritaire pour la France, qui a déploré de lourdes pertes dans la lutte contre ce mouvement au Mali et dans le Sahel.

Bruno Fuchs affirme détenir des informations privilégiées sur le JNIM, suggérant que le groupe serait prêt à cesser la lutte armée pour participer à la vie politique du pays, sans chercher à le contrôler. Cette assertion soulève des doutes : pourquoi l’acteur le plus puissant sur le terrain se contenterait-il d’une simple participation sans viser une domination ? Ce dilemme pose une question éthique et politique fondamentale pour les Européens et les Français : faut-il soutenir une transition où le JNIM aurait un rôle politique ? Une question qui interpelle avant tout les Maliens eux-mêmes.

L’ombre de l’Afghanistan plane sur le Sahel

  • Un second scénario, moins optimiste, est également envisagé. Si la junte refuse toute négociation et persiste dans sa résistance, elle se retrouverait inévitablement en position de faiblesse. Avec un départ des Russes – que Fuchs affirme être en cours de négociation, malgré les démentis officiels – la junte finirait par tomber. Sans négociation, l’issue serait « certainement pire » que toute solution concertée, bien que les conséquences exactes pour le Mali, la région ou la France ne soient pas précisées.

Le député explore ensuite les pistes pour les négociations espérées. Il évoque un « schéma à la mauritanienne », caractérisé par un régime religieux, ou un « schéma nigérian », avec un État fédéral au Mali où certaines régions appliqueraient la charia et d’autres non. Ce modèle fédéral, garantissant la représentativité de chaque communauté dans la vie politique, semble avoir la préférence de Bruno Fuchs. Toutefois, la concrétisation de cette vision, notamment la manière dont la représentativité serait assurée dans un pays où les communautés partagent le même espace, reste floue, voire « fumeuse ».

Le scénario le plus redouté, qualifié de « schéma ultime », est celui de l’Afghanistan. Bruno Fuchs exprime sa vive inquiétude à l’idée de voir un tel chaos s’installer au cœur du Sahel, craignant des répercussions déstabilisatrices sur l’ensemble de la zone, y compris sur des pays voisins comme la Guinée, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo. Une perspective jugée « compliquée ».

Le départ des Russes et la question des ressources maliennes

Le journaliste a interpellé Bruno Fuchs sur la véracité du départ russe de Bamako. Le député a confirmé que des négociations étaient en cours, avec un repli des positions russes. L’issue de ces discussions dépendrait du JNIM et de la junte. Il est convaincu que les Russes seraient disposés à se retirer, à condition d’obtenir des garanties sur les actifs qu’ils exploitent au Mali, notamment les mines d’or, dont la légitimité de l’exploitation est jugée « assez discutable » par Fuchs lui-même.

Bien que Bruno Fuchs prône la fin de la « Françafrique », un comportement hérité de la colonisation et caractérisé par l’imposition des vues françaises, il n’en demeure pas moins qu’il émet un jugement sur la légitimité des acteurs à exploiter les ressources du Mali. Son propos sous-entend que la France, et plus largement l’Europe, serait plus légitime que la Russie, arguant de la « fiabilité dans ses engagements » de la France, contrairement à la Russie ou aux États-Unis, qui seraient en train de quitter le Mali en raison de leurs échecs. Il cite l’exemple de la normalisation des relations avec la République Centrafricaine et son président Faustin Archange Touadéra, malgré la présence russe, comme preuve qu’il faut « apprendre à travailler avec tout le monde ».

Toutefois, cette ouverture semble exclure les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel, perçus comme des adversaires.