Mali et CEDEAO : l’électricité peut-elle survivre à la rupture politique malgré tout ?

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Alors que le Mali a officiellement tourné une page de son histoire régionale en quittant la CEDEAO, un paradoxe frappe les observateurs : les lumières continuent de s’allumer dans les foyers malien grâce à un projet d’électrification toujours en marche. Comment expliquer cette persistance d’une coopération technique malgré les tensions politiques ? Quel avenir pour ces infrastructures vitales alors que les relations diplomatiques se dégradent ?

Un projet d’électrification en marche malgré le retrait politique

Lancé en 2019 sous l’égide de la CEDEAO, le Projet régional d’accès à l’électricité (ECOWAS-REAP) visait à éclairer les zones les moins desservies d’Afrique de l’Ouest, dont le Mali. Avec un financement de 225 millions de dollars alloués par la Banque mondiale et coordonné par l’organisation régionale, ce programme a déjà permis de raccorder 490 localités et d’améliorer l’accès à l’électricité pour près de 500 000 personnes.

Malgré le retrait du Mali de la CEDEAO, ce projet poursuit son essor. Lors de la dernière réunion du comité de pilotage, les représentants des ministères et des sociétés nationales d’électricité des trois pays concernés – dont l’Énergie du Mali (EDM-SA) – ont participé activement. Une preuve tangible que les liens techniques persistent, même lorsque les relations politiques se distendent.

Des retombées concrètes pour les populations maliennes

Pour les Maliennes et Maliens, l’électrification représente bien plus qu’un simple confort : c’est un levier de développement économique, social et sécuritaire. Les infrastructures mises en place dans le cadre de ce projet permettent aux entreprises locales de fonctionner, aux écoles de dispenser leurs cours le soir et aux centres de santé de conserver les vaccins au frais.

Le directeur national de l’Énergie du Mali, Oussouby Mary dit Ousmane Diarra, a souligné l’importance de ce programme : « Les besoins des populations ne disparaissent pas avec les changements d’alliances politiques. Nous devons garantir la pérennité de ces infrastructures, malgré les contraintes sécuritaires et contractuelles qui ralentissent parfois leur déploiement. » Une demande de prolongation de 30 mois a été formulée pour finaliser les travaux en cours.

Un financement qui dépasse les clivages

Les 225 millions de dollars engagés par la Banque mondiale ne sont pas exclusivement dédiés au Mali. Ce financement global couvre également la Gambie et la Guinée-Bissau. La CEDEAO en assure la coordination régionale, mais ne constitue pas l’unique source de fonds. Une réalité qui illustre la complexité des mécanismes de coopération en Afrique de l’Ouest : les projets de développement disposent souvent de leur propre inertie, indépendamment des tensions diplomatiques.

Pragmatisme ou stratégie ? La coopération technique résiste

Le maintien du Mali dans ce projet d’électrification pose une question cruciale : les intérêts communs peuvent-ils transcender les ruptures politiques ? Les infrastructures énergétiques, une fois en place, ne se démontent pas. Elles deviennent des actifs stratégiques pour les pays qui en bénéficient.

Pour la CEDEAO, l’enjeu est désormais de garantir la durabilité des installations et d’accompagner les sociétés nationales d’électricité, comme EDM-SA, dans leur gestion. Pour le Mali, l’objectif reste inchangé : améliorer l’accès à l’énergie, quel que soit le contexte politique. Ce pragmatisme rappelle que, dans un monde marqué par les fractures régionales, certains projets peuvent – et doivent – survivre aux aléas diplomatiques.

Un modèle reproductible en Afrique de l’Ouest ?

L’expérience malienne montre que la coopération technique ne meurt pas nécessairement avec les ruptures institutionnelles. Si les financements et les besoins des populations restent alignés, les projets de développement peuvent continuer leur course, malgré les soubresauts politiques. Une leçon à méditer pour d’autres régions en proie à des tensions similaires.

En définitive, le Mali a quitté la CEDEAO, mais l’électricité, elle, a choisi de rester. Une réalité qui prouve, une fois de plus, que les infrastructures vitales ont leur propre logique – celle du progrès, bien au-delà des frontières politiques.

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