Mali : ce que la trêve de Barrick Gold à Loulo-Gounkoto laisse présager

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Un accord qui soulève plus de questions qu’il n’en résout

La signature d’une nouvelle convention collective au complexe aurifère de Loulo-Gounkoto, annoncée fin septembre, a mis fin au préavis de grève qui planait sur le site. Mais derrière l’apaisement affiché, les retombées de cet accord entre Barrick Gold et les représentants syndicaux suscitent de vives inquiétudes. Un pacte financier opaque, teinté de corruption, qui pourrait bien fragiliser durablement la position du géant canadien au Mali.

Les dessous d’un compromis qui interroge

Officiellement, les quinze revendications portaient sur le paiement des heures supplémentaires et le remboursement de frais de mission. Elles ont servi de prétexte pour annuler un débrayage général. Pourtant, sur le terrain, la base syndicale dénonce une trahison : la haute hiérarchie aurait sacrifié les revendications salariales et sécuritaires en échange de compensations financières directes. Un arrangement qui laisse un goût amer aux travailleurs.

Le système d’achat de la paix sociale

Pour étouffer la contestation, Barrick Gold aurait déployé des méthodes bien rodées d’arrosage financier :

  • Versements occultes et gratifications directes : la clause sur le « remboursement des frais de mission » aurait permis de verser d’importantes enveloppes aux négociateurs syndicaux, pour un montant estimé à environ 210 millions CFA.
  • L’utilisation des filiales et sous-traitants : des entités comme Somilo SA, Gounkoto SA et Food & Events Africa auraient servi de véhicules comptables pour transférer ces fonds hors des livres de la maison mère.

Ces gratifications auraient directement conditionné l’abandon des demandes majeures, notamment la revalorisation des grilles salariales et la titularisation des employés précarisés.

Des réactions en chaîne aux conséquences lourdes

Ce pacte place Barrick Gold dans une position délicate face à la junte malienne, qui applique fermement le Code minier de 2023. Deux conséquences immédiates se profilent :

  • L’exposition à des sanctions d’État : les flux financiers illicites fournissent au gouvernement un motif juridique pour poursuivre la compagnie pour corruption d’agents sociaux et recalculer les pénalités.
  • La rupture avec la base des travailleurs : le discrédit de la représentation officielle pourrait conduire à des débrayages sauvages, rendant l’accord totalement inopérant.

Quelles perspectives pour Barrick Gold au Mali ?

En achetant le silence des dirigeants syndicaux, Barrick Gold n’a pas résolu le conflit social : elle s’est enfermée dans un engrenage de corruption qui fragilise sa présence au Mali. Les prochains mois s’annoncent décisifs, entre pression étatique et grogne des travailleurs. Une chose est sûre : la trêve actuelle pourrait n’être que de courte durée.

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