Mali : après l’alerte du PAM, quelles réactions face à une crise alimentaire qui s’installe ?

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L’avertissement lancé par le Programme alimentaire mondial (PAM) sur un manque de financement de 73,6 millions de dollars pour poursuivre ses opérations au Mali jusqu’en février 2027 suscite de vives inquiétudes. Les acteurs humanitaires et les observateurs redoutent une réduction drastique de l’aide, voire une suspension des vols humanitaires dès janvier 2027. Cette alerte intervient dans un contexte où des millions de Maliens luttent déjà contre la faim et la précarité, et où les perspectives pour les mois à venir apparaissent plus qu’incertaines.

Un déficit de financement aux conséquences redoutées

Pour maintenir ses interventions au Mali jusqu’en février 2027, le PAM estime avoir besoin de 81,2 millions de dollars. Or, seuls 7,6 millions de dollars seraient actuellement mobilisables. Cet écart de 73,6 millions de dollars fait peser une menace directe sur la continuité de l’assistance. Les bénéficiaires, déjà fragilisés, pourraient voir l’aide se réduire, tandis que les vols humanitaires risquent d’être suspendus dès le début de l’année 2027. Cette situation pourrait avoir des répercussions immédiates sur l’accès à la nourriture pour les populations les plus vulnérables.

Des millions de personnes déjà touchées par l’insécurité alimentaire

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), environ 1,56 million de Maliens ont été confrontés à une insécurité alimentaire aiguë entre juin et août 2026. Ce chiffre, correspondant aux phases 3 et plus du Cadre harmonisé, traduit une situation de crise nécessitant des interventions urgentes. Près de 57 000 personnes se trouvaient en phase 4, soit un niveau d’urgence extrême. La tendance est à la hausse : le nombre de personnes en insécurité alimentaire aiguë pendant la période de soudure est passé d’environ 1,52 million en 2025 à 1,56 million en 2026, une progression qui, bien que modérée, s’inscrit dans un pays déjà miné par la pauvreté et une démographie galopante.

Pauvreté et précarité : un terreau fertile pour la crise

La pauvreté monétaire constitue une autre facette de cette réalité. En 2021, 45,5 % de la population malienne vivait sous le seuil national de pauvreté, contre 42,1 % en 2018, selon la Banque mondiale. Le nombre de personnes pauvres était alors estimé à 9,7 millions, soit environ 1,4 million de plus qu’en 2018. À noter que cet indicateur diffère de celui de l’extrême pauvreté, mesuré à l’échelle internationale : avec un seuil de 3 dollars par jour en parité de pouvoir d’achat de 2021, la Banque mondiale estime à 36,1 % la proportion de Maliens concernés. Ces deux mesures ne se superposent pas, mais elles convergent vers un même constat : une large part de la population dispose de ressources très limitées pour faire face aux chocs.

L’aide humanitaire, une réponse encore trop partielle

L’écart entre les besoins et l’assistance réellement fournie est frappant. Une évaluation du PAM menée en juin 2026 a révélé que 40 % des ménages nécessitaient une aide humanitaire, mais que seulement 4 % en avaient reçu au cours des trois mois précédents. Le problème ne réside donc pas uniquement dans l’ampleur de la pauvreté ou de la faim, mais aussi dans la capacité du système humanitaire à atteindre les populations dans le besoin.

Les régions de Ménaka, Gao, Tombouctou, Mopti et Ségou figurent parmi les plus touchées par la détérioration de la sécurité alimentaire. Les conflits, les déplacements forcés, les entraves à l’accès humanitaire et les perturbations des activités économiques et agricoles exacerbent les vulnérabilités existantes.

Une crise multidimensionnelle aux racines profondes

Au Mali, pauvreté et insécurité alimentaire se nourrissent mutuellement. La Banque mondiale souligne que la pauvreté est particulièrement prononcée dans les zones rurales, où elle se combine à une forte dépendance à l’agriculture pluviale. Dans une analyse publiée en 2025, l’institution estimait que la pauvreté nationale était restée autour de 45 % sur une longue période, les chocs climatiques et la saisonnalité venant encore aggraver les difficultés pendant la soudure.

À cela s’ajoutent les déplacements de population : le PAM fait état de plus de 290 000 réfugiés et de plus de 400 000 déplacés internes au Mali, des personnes particulièrement exposées à la perte de leurs moyens de subsistance et à une dépendance accrue à l’aide humanitaire. La pression démographique complique encore l’équation, avec une population estimée à 25,2 millions d’habitants en 2025 et une croissance annuelle de près de 2,9 %, selon la Banque mondiale.

Quelles perspectives pour les mois à venir ?

Le déficit de financement du PAM survient dans un environnement où les besoins restent immenses. Une réduction prolongée des opérations humanitaires pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les ménages qui disposent déjà de très peu de marges pour absorber une hausse des prix, une mauvaise récolte, un déplacement ou la perte d’un revenu.

Les chiffres dessinent une réalité multiple : 9,7 millions de personnes pauvres selon le dernier seuil national disponible, 1,56 million de personnes en insécurité alimentaire aiguë durant la dernière soudure et 40 % des ménages déclarés en besoin d’assistance humanitaire lors de l’évaluation de juin 2026. Dans ce contexte, les 73,6 millions de dollars recherchés par le PAM ne sont pas qu’un simple trou budgétaire : ils représentent la différence entre ce qui est disponible et ce qui serait nécessaire pour répondre à une crise qui frappe déjà des millions de Maliens. La question centrale des prochains mois sera de savoir si les financements permettront de maintenir l’aide alors que les besoins, eux, ne faiblissent pas.

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