Après plus d’une année de tensions extrêmes, Bamako et Alger ont officialisé, la semaine dernière, le rétablissement de leurs relations diplomatiques. Une trêve inattendue, alors qu’aucune avancée tangible ne permettait d’envisager un tel rapprochement. Pourtant, le Mali accusait ouvertement l’Algérie de complicité avec les groupes armés sévissant à leur frontière commune : les jihadistes du Jnim, affiliés à al-Qaïda, et les indépendantistes du FLA. Dans ce contexte, quel rôle ont joué des acteurs comme la Russie ou le Niger ? L’approche strictement militaire du Mali face à ces groupes pourrait-elle s’adoucir avec l’appui d’Alger, réputée pour privilégier le dialogue ? Ce dégel est-il durable ou n’est-il qu’une очередная дипломатическая интрига ?
Un dégel aussi soudain qu’inattendu
Le Mali et l’Algérie ont scellé leur réconciliation par le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens respectifs. Une décision qui a surpris la communauté internationale, alors qu’aucune médiation visible ne semblait en mesure de débloquer la situation. Plusieurs observateurs évoquent l’influence de la Russie, qui aurait poussé Bamako à adopter une posture plus conciliante envers Alger. Mais qu’en est-il réellement ?
Le Niger, acteur clé de cette détente
D’après les informations recueillies, la médiation du Niger aurait joué un rôle déterminant dans ce rapprochement. Depuis le début de l’année, le Niger a lui-même restauré ses liens avec l’Algérie, ce qui a pu faciliter le dialogue entre les deux pays. Cependant, les rumeurs restent nombreuses : l’implication directe de Moscou dans ce processus semble limitée, bien que des discussions entre Alger et Moscou n’aient pas manqué d’avoir lieu.
L’accord de paix de 2015 : un texte en sursis ?
Le Mali a rompu l’accord de paix conclu en 2015 avec les groupes armés du Nord, principalement négocié à Alger. Depuis, les autorités de transition de Bamako refusent tout dialogue avec les groupes djihadistes ou indépendantistes, ne misant que sur une solution militaire. Cette rigidité pourrait-elle s’assouplir avec le dégel entre le Mali et l’Algérie ?
Michaël Ayari, analyste principal sur l’Algérie au sein de l’International Crisis Group (ICG), estime que ce rapprochement s’accompagne nécessairement d’un primat du politique sur le militaire dans les négociations. Selon lui, un retour pur et simple à l’accord d’Alger semble peu probable, mais une initiative politique pourrait émerger, notamment avec le FLA. « L’État malien se fragilise, et personne, y compris l’Algérie, n’a intérêt à voir le Mali s’effondrer », souligne-t-il.
Vers un dialogue avec le FLA ?
Affirmer que les militaires au pouvoir à Bamako depuis près de six ans pourraient faire des concessions aux rebelles indépendantistes du FLA relève encore de la spéculation. Plusieurs obstacles pourraient entraver ce processus : des spoilers internationaux, une opinion publique malienne hostile, ou des résistances au sein même du régime. Cependant, si un accord a été conclu, les prochaines étapes devraient inclure un renforcement de la coopération sécuritaire, un échange accru de renseignements et une médiation algérienne, qui entretient des contacts avec certains leaders du FLA.
Des dossiers en suspens, malgré le dégel
La crise entre le Mali et l’Algérie a atteint son paroxysme en avril 2025, lorsque Bamako accusait Alger d’avoir abattu un drone sur son territoire. L’Algérie, pour sa part, affirmait que le drone se trouvait dans son espace aérien. Si cet incident semble désormais clos, de nombreux autres dossiers restent en suspens. Contrairement à d’autres conflits historiques entre États, la tension entre le Mali et l’Algérie relève davantage de l’actualité immédiate que de l’histoire.
L’Algérie et les groupes armés : un équilibre fragile
L’Algérie est souvent accusée par Bamako de servir de refuge à des combattants et des chefs du Jnim, liés à al-Qaïda, ainsi qu’à des indépendantistes du FLA. Pourtant, Alger adopte une position équilibrée : trop proche des autorités maliennes, elle perdrait toute influence auprès des rebelles ; trop proche des rebelles, elle perdrait sa crédibilité auprès de Bamako. « Depuis les années 1980, l’Algérie joue les médiateurs, sans jamais prendre parti de manière définitive », explique Michaël Ayari. Cette stratégie vise à préserver sa propre stabilité, car toute déstabilisation au Mali pourrait menacer le sud algérien.
L’imam Dicko, un enjeu sensible
La présence en Algérie de l’imam Dicko, opposant malien en exil qui prône la chute des militaires au pouvoir, constitue un autre point de friction. Si l’accord entre Bamako et Alger tient, il devra adopter une attitude plus discrète. « Une extradition est peu probable, mais en cas d’échec du dégel, ses prises de parole reprendront de plus belle », précise l’analyste.
Le Sahara occidental, un sujet de tension mineure
La reconnaissance récente par le Mali du plan marocain pour le Sahara occidental a été mal perçue par Alger, qui y voit une concession faite à Rabat. « Le Maroc n’a pas offert grand-chose en échange, et Alger ne va pas modifier sa position sur le Sahara occidental », commente Michaël Ayari.
Un dégel durable ou une очередная péripétie ?
Pour Michaël Ayari, la publication de communiqués communs est souvent le signe d’un accord profond, mais cela ne garantit en rien une évolution linéaire. « Des rechutes sont possibles, notamment si le Jnim gagne du terrain ou si des tensions internes éclatent. Tout dépendra du terrain et des prochaines étapes. Si l’accord est respecté, la première manifestation tangible sera une amélioration de la coopération sécuritaire entre les deux pays. »
