La Russie et l’AES : un partenariat stratégique consolidé à Niamey

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a récemment effectué une visite à Niamey, la capitale nigérienne, pour y rencontrer ses homologues de l’Alliance des États du Sahel (AES). L’objectif clair de cette rencontre était d’intensifier et de consolider le partenariat entre la Russie et les trois nations membres de l’organisation : le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Ces dernières années ont été marquées par un rapprochement significatif des autorités militaires de Bamako, Ouagadougou et Niamey avec Moscou. Ce pivot stratégique s’est opéré au détriment de leurs partenaires occidentaux traditionnels, notamment la France. La Russie occupe désormais une place prépondérante dans la stratégie diplomatique des États de l’AES, qui affirment leur volonté de diversifier leurs alliances et de préserver leur souveraineté. Dans ce contexte de décryptage du Sahel, Moscou s’est affirmée comme un acteur incontournable, particulièrement dans le domaine de la sécurité.

Selon Daouda Emile Ouédraogo, analyste politique et coordonnateur de l’ONG Stand for Life and Liberty aux États-Unis, les pays de l’AES bénéficient d’un soutien multidimensionnel de la part de la Russie. Ce soutien inclut des formations militaires, la livraison d’armes et d’équipements essentiels, ainsi qu’un partage crucial de renseignements pour la coopération contre les groupes djihadistes qui sévissent dans la région.

Sergueï Lavrov à Niamey pour consolider les liens entre Moscou et l’AES

Vers une force conjointe avec l’appui russe

Les nations de l’AES envisagent également de créer une force armée conjointe, un projet ambitieux pour lequel elles comptent sur le soutien de la Russie afin de relever les défis sécuritaires persistants dans la région. Lors d’une précédente session de consultations entre les ministres des Affaires étrangères de l’AES et de la Russie, tenue à Moscou en avril 2025, la Russie avait déjà réaffirmé son engagement à appuyer cette initiative par la fourniture de formations, d’équipements militaires et d’une assistance technique.

Cependant, des interrogations subsistent quant à l’efficacité concrète de cette coopération militaire. Les attaques djihadistes du 25 avril dernier au Mali, qui ont coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara – considéré comme un fervent partisan de Moscou au sein du pouvoir militaire –, soulèvent des doutes. Le retrait des éléments d’Africa Corps de la ville de Kidal illustre également les difficultés rencontrées par les forces russes dans la région, mettant en lumière la complexité de la situation sécuritaire au Sahel.

Le capitaine Ibrahim Traoré et le président Vladimir Poutine lors d'une rencontre en Russie

Quelles retombées pour les populations ?

Par ailleurs, certains analystes estiment que le renforcement de la coopération militaire, bien qu’officiellement destiné à la lutte contre les groupes armés, contribue également à consolider le pouvoir des régimes militaires en place. Une question fondamentale demeure alors : les populations du Mali, du Burkina Faso et du Niger bénéficient-elles réellement de ce rapprochement avec la Russie ?

Pour l’analyste politique Daouda Emile Ouédraogo, les retombées économiques pour les citoyens sont peu visibles. Il observe : « En ce qui concerne les populations, on ne constate pas davantage d’investissements dans les mines, l’énergie ou les infrastructures. C’est la même situation qu’avant : on critiquait les pays occidentaux de piller les ressources naturelles et minières, et c’est la même chose qui se poursuit aujourd’hui. »

L’expert ajoute que « dans certaines zones, on observe une amélioration sur le plan sécuritaire, mais pour de nombreux citoyens, les résultats concrets restent très limités face aux défis quotidiens que sont l’insécurité, l’inflation, le chômage et la pauvreté. »

Sur la scène internationale, la Russie offre un soutien politique aux régimes militaires de l’AES, coordonnant leurs positions au sein d’instances comme l’ONU. Cette dynamique permet à Moscou d’accroître son influence mondiale et aux militaires au pouvoir de briser leur isolement international, renforçant ainsi leur position sur l’échiquier de la politique et sécurité du Sahel.