La République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre d’une confrontation politique grandissante autour de la potentielle révision de sa Loi fondamentale, qui prend désormais une dimension judiciaire. Le 4 juin 2026, à Kinshasa, les leaders de la Coalition Article 64 (C64) ont présenté un bilan résolument positif de leur opération « ville morte », lancée la veille. Ils affirment qu’un grand nombre de villes congolaises auraient répondu à leur appel, contredisant ainsi la version officielle qui minimisait la mobilisation à la seule capitale. Cette initiative visait à évaluer la capacité de l’opposition à influencer l’agenda institutionnel porté par la majorité présidentielle.
L’opposition congolaise unie contre la révision constitutionnelle
La C64, fédérée autour de la défense de l’article 64 de la Constitution congolaise – lequel garantit aux citoyens le droit de s’opposer à toute prise de pouvoir illégale ou anticonstitutionnelle – rassemble plusieurs figures opposées au projet de réforme. Parmi elles, l’opposant Delly Sesanga a salué l’adhésion à l’appel dans diverses localités au-delà de Kinshasa. Cette coalition s’impose désormais comme un acteur politique majeur dans la contestation des modifications constitutionnelles envisagées par le pouvoir en place.
Le débat sur la révision constitutionnelle, bien que récurrent, a pris une nouvelle ampleur suite aux déclarations de cadres de la majorité soulignant la nécessité d’adapter le texte. Pour l’opposition, cette démarche cache une tentative d’ouvrir la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi, élu en 2018 et réélu fin 2023. La Constitution congolaise actuelle limite à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs, un principe fondamental hérité de la transition post-Mobutu et souvent cité comme un pilier démocratique.
Une plainte stratégique contre le chef de l’État
L’annonce la plus retentissante de cette conférence de presse fut le dépôt imminent d’une plainte visant le chef de l’État et ceux que la coalition perçoit comme ses complices. La qualification juridique choisie, « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel », est lourde de sens. Elle renvoie aux infractions pénales les plus graves touchant aux institutions. En déplaçant le débat sur le terrain judiciaire, la C64 aspire à transformer une contestation politique en une affaire juridique, susceptible de mobiliser d’autres acteurs tels que les magistrats, le barreau ou la société civile.
Cette initiative revêt une dimension symbolique indéniable. Si personne à Kinshasa ne s’attend à une issue rapide pour une procédure intentée contre le président en exercice, cette action ancre néanmoins dans l’opinion publique une interprétation claire : celle d’un pouvoir soupçonné de vouloir forcer un passage institutionnel. Pour Delly Sesanga et ses alliés, l’objectif est double : établir une ligne rouge infranchissable et contraindre la majorité à clarifier ses intentions concernant la durée des mandats présidentiels et l’étendue réelle de la révision envisagée.
Un climat politique sous haute tension
La RDC traverse une période politique délicate. Le gouvernement doit gérer une situation sécuritaire précaire dans l’Est du pays, marquée par l’activisme du M23 et les pressions diplomatiques liées au dossier rwandais. Sur le plan intérieur, le projet de révision constitutionnelle crée une nouvelle ligne de fracture entre Kinshasa et une opposition certes fragmentée, mais qui s’efforce de se restructurer autour de messages clairs et percutants. La C64 mise sur cette lisibilité pour accroître son influence.
La question de l’ampleur réelle de l’opération « ville morte » demeure. Les autorités ont jusqu’à présent minimisé son impact, tandis que les organisateurs clament un succès national. En l’absence de données indépendantes et consolidées, l’évaluation reste sujette à interprétation. Concrètement, la capacité de la coalition à maintenir une pression durable et à rallier d’autres personnalités politiques, ainsi que des relais provinciaux, sera déterminante pour son poids dans le rapport de force face au camp de Félix Tshisekedi.
Pour les observateurs du continent, le cas congolais s’inscrit dans une série de débats africains sur la limitation des mandats présidentiels, à l’image des récents événements au Sénégal et d’exemples plus anciens en Afrique de l’Ouest. Chaque épisode contribue à façonner la dynamique politique régionale et influence les standards de gouvernance attendus par les partenaires internationaux. La coalition a affirmé son intention de poursuivre la mobilisation tout en portant le combat sur le terrain judiciaire.
