Quinze ans après le lancement de sa construction, le port en eau profonde de Kribi, fruit d’un partenariat sino-camerounais, suscite des réactions unanimes : croissance économique, transformation urbaine et nouvelles opportunités pour les populations. Cette infrastructure, souvent comparée à une Shenzhen africaine, incarne aujourd’hui l’avenir industriel du Cameroun et de l’Afrique centrale. Retour sur les répercussions concrètes de ce projet et les regards portés sur son impact.
Une mutation urbaine spectaculaire grâce au port en eau profonde
Il y a seulement quinze ans, Kribi était encore un modeste village de pêcheurs, Mboro, perdu au creux d’un littoral camerounais sans grand relief. Aujourd’hui, cette zone autrefois enclavée concentre l’un des ports les plus modernes d’Afrique centrale, avec son activité logistique et industrielle qui pulse jour et nuit. Les pistes de terre poussiéreuses ont cédé la place à des axes routiers asphaltés, éclairés et sécurisés, tandis que des quartiers entiers ont émergé.
Jean-Kalvin Assembe, un habitant de 50 ans ayant connu les deux époques, témoigne de ce bouleversement : « Ce changement est incroyable. Ma ville a acquis une vitalité nouvelle, et même mes petits commerces en profitent. Le port a apporté une prospérité que nous n’osions même pas imaginer. »
Des retombées économiques visibles et durables
Le port de Kribi, construit par la China Harbour Engineering Company (CHEC), n’a pas seulement changé le paysage géographique de la région. Il a aussi transformé les économies locales et nationales. Avec des volumes de marchandises en forte hausse — dépassant 12,7 millions de tonnes en 2024 — et un trafic de conteneurs quadruplé depuis 2018 (plus de 555 000 EVP en 2025), l’infrastructure s’impose comme un pilier régional.
Patrick Mpila Ayissi, responsable des infrastructures portuaires, précise : « La zone industrielle, initialement prévue sur 455 hectares, s’étend désormais sur 4 000 hectares. Nous avons déjà enregistré 400 milliards de francs CFA d’investissements et 18 entreprises en activité, avec 93 autorisations accordées. D’ici 15 ans, ce sont 50 000 emplois directs et 150 000 indirects qui sont attendus. »
Les connexions avec les pays voisins (Gabon, Tchad, Congo, Guinée équatoriale) se renforcent, grâce à des partenariats maritimes comme MSC, qui positionnent Kribi comme une porte d’entrée clé pour le commerce sous-régional.
Le rôle clé des infrastructures routières dans l’intégration nationale
Pour relier le port aux grands axes logistiques du Cameroun, une nouvelle route, Kribi-Lolabé, a été construite. Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des Travaux publics, souligne : « Cette infrastructure facilite non seulement le transport des marchandises, mais aussi la mobilité des personnes. Elle est un maillon essentiel de l’industrialisation du pays. »
Formation et emploi : comment le port a changé des destins
Au-delà des chiffres, c’est dans le quotidien des Camerounais que le port de Kribi laisse son empreinte. Ngatugirius Ndenya, 53 ans, a troqué son poste de soudeur à Yaoundé contre un travail sur le chantier. « Grâce à la formation dispensée par la CHEC, j’ai pu devenir un expert en soudure. Cette expérience a changé ma vie », confie-t-il. Des centaines de jeunes camerounais ont bénéficié de ce programme, devenant des professionnels recherchés dans la région.
Armand Guehoada, aujourd’hui responsable commercial à la CHEC, raconte son parcours : « Quand je suis arrivé ici, je gagnais à peine 100 000 francs CFA par mois. Aujourd’hui, je possède trois véhicules et subviens aux besoins de ma famille. Le port a été une véritable bénédiction. »
Un symbole de coopération sino-camerounaise
Avec le 55e anniversaire des relations diplomatiques entre le Cameroun et la Chine, le port de Kribi célèbre ses 15 ans comme un jalon majeur de ce partenariat. Patrice Melom, directeur général de l’Autorité portuaire de Kribi, résume l’enjeu : « Ce projet n’est pas qu’une infrastructure. C’est un levier pour une croissance durable, qui doit profiter à l’ensemble de la nation et aux pays voisins. »
Pour Gu Gaobai, directeur des projets CHEC au Cameroun, Kribi incarne une réussite collective : « Nous avons formé des centaines de travailleurs camerounais, qui œuvrent aujourd’hui à l’expansion de la zone industrielle. Ce port est le fruit d’un engagement de longue haleine, fondé sur des financements concessionnels chinois et une vision partagée. »
Les perspectives d’avenir : entre défis et ambitions
Malgré les succès enregistrés, les acteurs locaux et internationaux appellent à poursuivre les efforts pour maximiser les retombées. L’ambition reste forte : attirer davantage d’investisseurs, renforcer les compétences locales et consolider la position de Kribi comme hub logistique incontournable en Afrique centrale.
Le port de Kribi n’est plus seulement un symbole de modernité. Il est devenu un moteur économique, social et géographique, dont les échos résonnent bien au-delà des frontières camerounaises.
