À Douala, au cœur du quartier populaire de Deido, les studios de Jambo FM vibrent d’une ferveur particulière. Dans cet espace situé au lieu-dit Entrée de la gare, une nouvelle génération de professionnels de l’information a pris les commandes des tranches horaires les plus stratégiques. Ce choix audacieux est celui du directeur général, Antoine Landry Lemogo, célèbre sous le nom de Président Tchop Tchop, qui mise désormais sur la vitalité de la jeunesse pour bousculer les codes établis.
Pour le dirigeant de la station, s’appuyer sur de jeunes recrues est une nécessité pour l’évolution du paysage médiatique. Il estime que cette catégorie de la population possède l’énergie et l’insouciance indispensables pour construire l’avenir, contrastant avec une gestion du pays qu’il juge vieillissante. Cette volonté de renouvellement se traduit par une présence féminine affirmée dans la gestion des débats les plus tendus. La maîtrise des dossiers et une solide culture générale permettent à ces journalistes de diriger les échanges avec fermeté, dictant le cadre de ce qui peut être dit à l’antenne par les invités ou les auditeurs.
Équilibre éditorial et éducation à la citoyenneté
Au sein de l’émission phare Big Morning, l’interactivité règne en maître. Cependant, l’exercice du direct s’apparente à une marche sur une corde raide, où il faut concilier éducation citoyenne et prévention des débordements. Jordan Sorel Timba, l’un des visages de cette équipe, prône une ligne éditoriale basée sur la critique constructive. L’objectif n’est pas de s’attaquer systématiquement aux autorités, mais de pointer les dysfonctionnements sociaux tout en saluant les réussites publiques, comme les interventions salvatrices de l’hôpital Laquintinie.
Toutefois, le climat reste pesant. Le souvenir de l’assassinat de Martinez Zogo impose une vigilance de chaque instant. Les pressions et les intimidations sont des réalités quotidiennes que ces jeunes journalistes doivent affronter pour préserver leur indépendance. Pour Tamo Tabe, animateur de l’émission interactive « Laissez parler les gens », le studio est devenu un refuge pour une population qui craint de manifester dans la rue. La radio fait office de soupape de sécurité, permettant aux citoyens d’exprimer une colère contenue sans risquer d’être assimilés à des mouvements séditieux.
Dans ce contexte complexe, Jambo FM s’efforce de maintenir un espace de dialogue démocratique. Plus de trois décennies après les promesses de démocratisation liées à l’Appel de La Baule, ces journalistes tentent, jour après jour, de porter une parole libre et responsable au Cameroun.
