
Le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso depuis un coup d’État survenu il y a trois ans, a tenu des propos sans équivoque lors d’une interview diffusée sur la télévision nationale. Pour lui, la démocratie n’a pas sa place dans son pays. « Les Burkinabè doivent oublier la démocratie. Ce système n’est pas pour nous », a-t-il affirmé avec conviction.
Ce dirigeant militaire, qui se présente comme un révolutionnaire luttant contre l’impérialisme occidental, a ajouté : « Partout où les puissances occidentales imposent la démocratie, cela se solde par des violences et des conflits. » Il a illustré son propos en citant l’exemple de la Libye, où le renversement de Mouammar Kadhafi, après des décennies de régime autoritaire, a plongé le pays dans le chaos politique et des divisions internes persistantes.
une promesse de transition reportée et un pouvoir prolongé
En 2022, après le coup d’État qui l’a propulsé au pouvoir, Ibrahim Traoré s’était engagé à rétablir l’ordre démocratique d’ici juillet 2024. Pourtant, à quelques mois de cette échéance, la junte a décidé de prolonger son mandat de cinq ans supplémentaires. Une décision qui s’inscrit dans une série de mesures controversées prises par les autorités militaires.
Parmi elles, l’interdiction de tous les partis politiques, annoncée en janvier 2026. Selon le chef de l’État, ces formations sont sources de divisions et incompatibles avec le projet révolutionnaire qu’il souhaite mettre en œuvre. « Un vrai homme politique au Burkina Faso, c’est un menteur, un manipulateur, un beau parleur », a-t-il déclaré sans détour.
vers un nouveau modèle politique fondé sur la souveraineté
Traoré a évoqué une « approche burkinabè », distincte des modèles étrangers. « Nous ne cherchons pas à copier qui que ce soit. Nous voulons tout changer », a-t-il martelé. Son projet repose sur trois piliers : la souveraineté nationale, le patriotisme et la mobilisation révolutionnaire. Les chefs traditionnels et les structures locales devraient jouer un rôle central dans ce nouveau système.
Il a également insisté sur la nécessité d’une autonomie économique et militaire, ainsi que sur un engagement accru des citoyens. « Travailler six ou huit heures par jour ne suffira pas à faire décoller le pays », a-t-il souligné, appelant à un effort collectif sans précédent pour rattraper le retard accumulé face aux nations plus prospères.
une répression accrue contre l’opposition et les voix dissidentes
Depuis son arrivée au pouvoir, Ibrahim Traoré a durci sa politique envers l’opposition, les médias et la société civile. Des rapports d’organisations de défense des droits humains accusent son gouvernement de sanctionner les détracteurs en les envoyant combattre sur les fronts les plus dangereux, aux côtés des milices pro-gouvernementales engagées contre les groupes jihadistes.
Pourtant, malgré cette répression, le leader burkinabè bénéficie d’un soutien croissant en Afrique. Son discours anti-occidental et son engagement en faveur de l’autonomie du continent lui valent une popularité notable, notamment auprès des jeunes et des mouvements panafricains.
le Burkina Faso tourne le dos à l’occident et se rapproche de la Russie
Comme ses voisins, le Mali et le Niger, le Burkina Faso a rompu ses partenariats militaires avec les pays occidentaux pour se tourner vers la Russie. Une stratégie visant à renforcer sa sécurité face à la menace jihadiste qui frappe la région depuis plus d’une décennie. Cependant, malgré cette alliance, les violences persistent et s’intensifient.
Les chiffres sont alarmants : selon un rapport de Human Rights Watch, plus de 1 800 civils ont été tués au Burkina Faso depuis le coup d’État de 2023. Les deux tiers de ces victimes seraient imputables aux forces armées et aux milices pro-gouvernementales, le reste aux groupes armés islamistes.
