Frontière Bénin-Niger : les trois conditions pour une réouverture prochaine
Après trois années de fermeture, la frontière entre le Bénin et le Niger pourrait bientôt rouvrir. Le général Mohamed Toumba, ministre nigérien de l’Intérieur, s’est rendu au Bénin le week-end dernier pour rencontrer les spécialistes chargés du dossier. Il a formulé trois préalables : la conclusion d’un accord de défense, la signature d’un pacte de sécurité garantissant que le territoire de l’un ne sera pas utilisé contre l’autre, et une transparence totale concernant les dispositifs étrangers déployés près de la zone frontalière. Guillaume Moumouni, docteur en sciences politiques, a livré son analyse sur le sujet.

Le Bénin aurait-il des raisons de refuser ces conditions ?
Il faut d’abord replacer cela dans le cadre normal d’une négociation. Chaque partie cherche à maximiser ses exigences avant de les ajuster en fonction de ce que l’autre peut accepter. Sur le principe, le Bénin ne peut pas écarter ces préalables, d’autant qu’un accord de défense existait déjà entre les deux nations avant que le régime nigérien ne le dénonce en septembre 2023. Concernant la transparence, Cotonou a déjà fourni à plusieurs reprises des explications claires pour rassurer Niamey sur l’absence de bases étrangères. Ce point relève surtout d’un effort de communication pour garantir l’intégrité territoriale. En revanche, le troisième préalable paraît plus délicat et donnera probablement lieu à des discussions approfondies. Toutes les conditions ne seront sans doute pas acceptées en bloc.
Au-delà de ces trois conditions, quels sont les principaux points de blocage ?
Le premier obstacle semble être l’absence de garantie, du côté nigérien, que son territoire ne soit pas violé par des forces étrangères. Cela renvoie principalement à la France, qui entretient des relations tendues avec le pouvoir nigérien tandis qu’elle collabore militairement avec le Bénin. C’est le véritable point de friction. Nous sommes dans un dilemme sécuritaire. Même si les plus hautes autorités des deux pays ont clairement affiché leur volonté de réchauffer les relations et de rétablir les liens diplomatiques, ce point n’est pas insurmontable. Le Niger cherche avant tout à être rassuré et à vérifier qu’aucune intention hostile ne se manifeste à sa frontière.
La fermeture de la frontière depuis trois ans a lourdement impacté les populations, les routiers, l’économie et la sécurité. Une réouverture n’est-elle pas inévitable pour les deux économies et pour apaiser les tensions sécuritaires ?
C’est un aspect fondamental. Il faut aussi rappeler que la fermeture n’est pas uniquement imputable au Bénin ; le Niger en est également responsable. Le port de Cotonou reste la porte d’entrée naturelle du Niger. Le coût d’opportunité est très élevé pour le Niger, et les conséquences sont considérables pour les deux économies. Les deux parties ont donc tout intérêt à trouver une solution rapidement.
