Une attaque meurtrière sur un marché de Kokoloko
Une frappe aérienne attribuée à un drone militaire nigérien a fait au moins 17 morts parmi les civils, dont quatre enfants, et 13 blessés, lors d’un bombardement survenu le 6 janvier 2026 sur un marché bondé à Kokoloko, dans la région de Tillabéri, à l’ouest du Niger. Les autorités nigériennes n’ont pas encore réagi publiquement à cet incident. L’attaque a également causé la mort de trois combattants de l’État islamique au Sahel (EIS), un groupe armé actif dans la zone depuis plusieurs années.
Des témoignages accablants sur les circonstances de l’attaque
Selon les déclarations de 15 personnes interrogées, dont des habitants, des journalistes et des membres d’ONG, un drone a survolé Kokoloko à deux reprises entre 10 h et 13 h avant de larguer une munition vers 13 h 30, alors que des centaines de civils, dont de nombreux enfants, se trouvaient sur le marché. Un marchand de 36 ans, rescapé de l’attaque, a décrit avoir vu un drone blanc, entendu un sifflement, puis une explosion dévastatrice.
Les témoins ont également rapporté la présence de trois combattants de l’EIS, sans armes et vêtus en civil, parmi les civils au marché au moment de la frappe. Ces combattants étaient précédemment arrivés dans le village, armés de Kalachnikovs et d’une mitrailleuse. « Les combattants de l’EIS font leurs courses dans tous les marchés de la région, puis repartent », a expliqué un habitant.
Un bilan humain et matériel dramatique
Les conséquences de l’attaque sont catastrophiques : 11 femmes (âgées de 29 à 50 ans), 2 hommes (32 et 55 ans) et 4 enfants (5 à 10 ans) ont péri. Les corps, souvent carbonisés, ont été enterrés dans deux fosses communes distinctes. Les images satellites et vidéos confirment des dégâts majeurs : étals détruits, zones brûlées, et incendies actifs enregistrés à 13 h 31. Les flammes se sont propagées rapidement en raison de la présence de carburant et de matériaux inflammables sur le marché.
Les 1 200 habitants de Kokoloko ont fui vers des villages voisins ou le Mali voisin. Une femme ayant perdu sa cousine et son neveu a témoigné : « J’ai passé la première nuit dans un village proche avant de traverser la frontière avec presque rien. »
Des questions sur les moyens utilisés et les responsabilités
Human Rights Watch n’a pas pu identifier le type de drone ou de munition utilisé. Depuis 2022, l’armée nigérienne a acquis plusieurs drones turcs, comme le Bayraktar TB-2, le Karayel-SU ou l’Aksungur UCAV, capables de transporter des munitions guidées. Les vidéos disponibles suggèrent l’utilisation d’explosifs puissants, causant des blessures variées parmi les victimes : brûlures, fractures et traumatismes dus aux éclats.
Les autorités nigériennes, dirigées par une junte militaire depuis juillet 2023, n’ont pas commenté cette frappe. Human Rights Watch a adressé une demande d’explications à la junte, sans réponse à ce jour.
Violation du droit international et appels à la justice
Selon le droit international humanitaire, les attaques doivent distinguer strictement entre civils et combattants. Une frappe sur un marché bondé, même en présence de groupes armés, constitue une attaque indiscriminée et potentiellement un crime de guerre si elle a été ordonnée avec une intention criminelle. « Les responsables doivent être tenus pour compte et les victimes indemnisées », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch.
La région de Tillabéri, où se situe Kokoloko, est l’une des plus touchées par les violences au Sahel. En 2025, elle a enregistré le plus grand nombre de victimes civiles causées par des attaques menées par l’EIS, l’armée nigérienne et le GSIM (lié à Al-Qaïda). D’autres frappes controversées ont déjà eu lieu, comme celle d’Injar en septembre 2025 (plus de 30 morts) ou de Tiawa en janvier 2024.
Les gouvernements étrangers soutenant l’armée nigérienne sont appelés à exercer une pression pour éviter de nouvelles victimes et garantir des réparations pour les populations affectées.
