force unifiée de l’AES : les clés pour réussir sa mission sécuritaire en afrique de l’ouest
Les juntes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour une session décisive de deux jours. L’objectif ? Évaluer les progrès de la Confédération des États du Sahel (AES) depuis sa création en juillet 2024 et définir les prochaines étapes pour concrétiser ses ambitions. Parmi les priorités, la mise en œuvre de la feuille de route, l’opérationnalisation des institutions et l’examen des défis sécuritaires, diplomatiques et de développement.
Cette rencontre s’inscrit dans un contexte marqué par des avancées notables, notamment la création de la Force unifiée de l’AES (FU-AES), mais aussi par des défis persistants, comme l’activité des groupes armés dans les zones frontalières.
Qu’est-ce que la Force unifiée de l’AES ?
Face à l’insécurité croissante et à la mobilité des groupes armés transfrontaliers, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont décidé de mutualiser leurs efforts militaires. La Force unifiée de l’AES, officiellement lancée en décembre 2025, est composée de 5 000 soldats issus des trois pays. Placée sous le commandement du Général Daouda Traoré (Burkina Faso), elle vise à renforcer la coordination des opérations, le partage des renseignements et la lutte contre les groupes djihadistes dans l’espace sahélien.
Le Général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, a souligné l’importance stratégique de cette initiative : « La paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas. » Selon lui, cette force représente un engagement irréversible des trois États pour une gestion commune des menaces.
Cependant, malgré des opérations conjointes comme Yéréko I et II, qui ont permis de neutraliser des chefs djihadistes, les groupes armés restent actifs, notamment aux frontières entre les trois pays. Le blocus imposé par le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) au Mali pour l’approvisionnement en carburant illustre la persistance des défis.
Comment la force unifiée pourrait-elle atteindre ses objectifs ?
Pour le Chercheur Principal au Behanzin Institute (Cotonou) et Chercheur associé Senior à l’Egmont Institute (Bruxelles), Fiacre Vidjenagninou, la crédibilité de la FU-AES repose sur sa capacité à obtenir des résultats tangibles. « Une force peut gagner la bataille, mais sans une gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation », explique-t-il.
Selon lui, plusieurs leviers sont essentiels pour garantir l’efficacité de la force unifiée :
- La concentration des efforts : Cibler en priorité les zones où l’ennemi est le plus structuré, en évitant une dispersion des ressources.
- Le mécanisme renseignement-action : Collecter, fusionner et exploiter rapidement les informations pour frapper les groupes armés de manière ciblée.
- La tenue du terrain : Maintenir une présence durable pour sécuriser les axes, protéger les villages et rassurer les populations, afin d’éviter que les groupes armés ne reviennent après les opérations.
- La coordination entre les armées : Renforcer le partage des renseignements, le ravitaillement logistique et l’évacuation des blessés.
- L’implication des populations : Lutter contre la peur des exactions, rétablir la justice locale et résoudre les conflits fonciers pour briser le cycle de la violence.
« La stratégie actuelle, qui consiste à frapper et partir, est insuffisante. Les groupes armés reviennent et reprennent leurs activités. Il faut une capacité de contrôle permanent », ajoute-t-il.
S’ouvrir pour être efficace ?
Fiacre Vidjenagninou met en garde contre une expansion trop rapide de la force unifiée à d’autres pays. Selon lui, une intégration progressive serait plus judicieuse : « D’abord prouver que ça marche à trois, ensuite coopérer avec les voisins de manière opérationnelle sur des couloirs précis, et enfin, renforcer les accords de poursuites transfrontalières. »
Pour cet expert, la confiance entre les partenaires est un préalable indispensable avant toute extension. « L’approche par étapes permet de réduire les risques de méfiance et de garantir une coordination efficace. »
La réussite de la FU-AES dépendra donc de sa capacité à concilier action militaire, gouvernance locale et coordination stratégique. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si cette force unifiée peut apporter une stabilité durable aux populations du Sahel.
Lors du sommet de Bamako, les chefs d’État de l’AES discuteront également de la création de la Télévision de l’AES (siège à Bamako), de la radio Daandè Liptako (siège à Ouagadougou), et de la mise en place de la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), avec un capital initial de 500 milliards de francs CFA.
Cette alliance, née des coups d’État au Mali (2020), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023), marque une volonté de s’affranchir des institutions régionales comme la CEDEAO et de promouvoir une intégration alternative centrée sur les réalités sahéliennes.
