Le président Faye remplace Ousmane Sonko à la tête du gouvernement sénégalais
Le président Bassirou Diomaye Faye a opéré un remaniement ministériel de grande ampleur en limogeant son Premier ministre Ousmane Sonko, figure emblématique de son ascension politique. Cette décision, effective dès le 23 mai 2026, marque la fin d’une collaboration tendue entre les deux hommes qui avaient ensemble porté l’espoir d’un nouveau départ pour le Sénégal en avril 2024.
Dans une allocution officielle diffusée en soirée, le secrétaire général de la présidence Oumar Samba Ba a annoncé la fin des fonctions d’Ousmane Sonko en tant que Premier ministre, entraînant simultanément le départ des ministres et secrétaires d’État du gouvernement. Les membres sortants sont désormais chargés de gérer les affaires courantes jusqu’à la formation d’un nouveau cabinet, sans que le nom d’un successeur ne soit évoqué pour l’instant.
Un duo politique en rupture de ban
L’histoire politique récente du Sénégal a été marquée par l’alliance entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, deux personnalités issues du mouvement contestataire contre l’ancien président Macky Sall. Ce dernier, en place de 2012 à 2024, avait empêché la candidature de Sonko à l’élection présidentielle de 2024 en raison d’une condamnation pour diffamation qui lui avait retiré ses droits civiques. Ousmane Sonko avait alors désigné Faye comme son remplaçant, un choix qui s’était avéré gagnant.
Avec un discours résolument panafricaniste, Ousmane Sonko avait su captiver une jeunesse sénégalaise en quête de changement, après des années de répression des mouvements sociaux et de controverses autour d’une possible modification constitutionnelle permettant un troisième mandat. Libérés de prison grâce à une amnistie, les deux hommes avaient mené campagne sous la bannière « Diomaye c’est Sonko », un slogan devenu emblématique de leur union.
Réactions et tensions post-destitution
Peu après l’annonce, Ousmane Sonko a réagi avec philosophie sur les réseaux sociaux, déclarant : « Ce soir, je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui ». Les images de son retour à son domicile dakarois montrent des centaines de partisans venus lui témoigner leur soutien, malgré l’heure tardive.
Quelques heures avant son limogeage, Sonko avait tenu des propos percutants à l’Assemblée nationale, pointant du doigt ce qu’il qualifie de « tyrannie de l’Occident », accusé de vouloir « imposer l’homosexualité au monde ». Cette déclaration intervenait quelques semaines après l’adoption d’une loi alourdissant les sanctions contre les relations homosexuelles au Sénégal, un pays à forte majorité musulmane.
Les racines d’un conflit annoncé
Les tensions entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko s’étaient intensifiées ces derniers mois. Début mai, le président avait déjà critiqué la « personnalisation excessive » de Sonko au sein du parti au pouvoir, rappelant que sa position dépendait de la confiance qu’il lui accordait. « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre », avait-il déclaré lors d’une interview télévisée.
Le parti de Sonko, majoritaire à l’Assemblée nationale depuis les législatives de novembre 2024, a récemment fait adopter une réforme du code électoral. Cette modification, très contestée par l’opposition, ouvre la voie à une potentielle candidature de Sonko à la présidentielle de 2029. Pendant ce temps, Bassirou Diomaye Faye, dont la popularité reste en retrait par rapport à celle de Sonko, prépare également le terrain pour un éventuel scrutin futur, sous la bannière du mouvement « Diomaye Président ».
Un contexte économique sous haute tension
Le Sénégal fait face à une situation économique délicate, avec une dette publique représentant 132 % du PIB, selon le Fonds monétaire international (FMI). Cette dette, héritée de l’administration précédente, avait été dénoncée par le nouveau gouvernement qui accusait l’exécutif de Macky Sall d’avoir dissimulé son ampleur, entraînant la suspension d’un programme d’aide de 1,8 milliard de dollars en 2024.
