Dix ans après l’assaut contre le quartier général de Jean Ping au Gabon, les victimes réclament justice

Une décennie s’est écoulée depuis l’attaque du quartier général de Jean Ping à Libreville, survenue le 31 août 2016. Cet événement dramatique reste l’un des moments les plus marquants de la crise postélectorale au Gabon.

À la suite du scrutin présidentiel du 27 août 2016, qui avait vu la réélection contestée du président sortant Ali Bongo Ondimba, l’opposition menée par Jean Ping avait fermement rejeté les résultats officiels. C’est dans ce contexte de vives tensions que, durant la nuit du 31 août au 1er septembre 2016, les forces de l’ordre ont pris d’assaut le siège de campagne de l’opposant.

Ali Bongo Ondimba a dirigé le Gabon 16 octobre 2009 au 30 août 2023

De multiples témoignages et des rapports de la société civile font état de décès, de blessés graves, d’arrestations arbitraires et de disparitions lors de cette opération policière et militaire. À l’époque, le pouvoir en place avait justifié cette intervention musclée en affirmant rechercher des individus suspectés d’avoir incendié l’Assemblée nationale et de s’être repliés dans le bâtiment de l’opposition.

Dix ans après : le combat pour la vérité au Gabon

Pour commémorer ce triste anniversaire, la coalition citoyenne Tournons La Page Gabon (TLP-Gabon) s’est mobilisée pour réclamer toute la lumière sur ces tragiques événements. Le collectif rappelle que de nombreuses zones d’ombre persistent encore aujourd’hui :

  • Qui a ordonné cet assaut militaire ?
  • Quel est le bilan humain précis de cette nuit-là ?
  • Quelles investigations judiciaires ont été réellement menées ?
  • Où ont été dissimulés les corps des victimes disparues ?
​Depuis son arrivée au pouvoir en 2023, le président Brice Clotaire Oligui Nguema s'est dit favorable à la mise en place d'une commission d'enquête pour faire la lumière sur la cris e postélectorale d'août 2026

Pour TLP-Gabon, aucune réconciliation nationale sincère et pérenne ne pourra se faire sans que justice ne soit rendue. C’est dans cette optique que l’organisation a lancé l’initiative mémorielle baptisée « 10 ans, 10 visages », visant à humaniser et à honorer la mémoire de ceux qui ont tout perdu.

Une décennie plus tard, l’attente d’un procès équitable reste entière pour les rescapés et les familles endeuillées. Pour analyser cette situation complexe, nous recevons quatre observateurs et acteurs clés :

  • Virgilio Foumangoye, économiste et expert en développement durable.
  • Marc Ona Essangui, qui occupe actuellement le poste de cinquième vice-président du Sénat et a dirigé Tournons la Page Internationale.
  • Frédéric Samy Passalet, docteur en littérature francophone spécialisé dans la prévention des conflits en Afrique, essayiste et auteur de l’ouvrage Les marionnettes de Poutine en Afrique.
  • Rodolphe Chauvet, avocat pénaliste inscrit au barreau de Paris, collaborateur de William Bourdon sur la dimension française de cette affaire.