Le 10 septembre 2026, la localité de Dioura, située dans le cercle de Tenenkou au centre du Mali, a été le théâtre d’une attaque d’une violence inouïe. Les combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affiliés à Al-Qaïda, ont pris d’assaut la caserne militaire de la ville, laissant derrière eux un bilan humain catastrophique. Selon des sources locales concordantes, on déplore environ 130 militaires tués et près de 70 soldats capturés. Cet événement marque le plus grave revers essuyé par les Forces armées maliennes (FAMA) face au JNIM.
Une attaque d’une ampleur inédite
Au petit matin du jeudi 10 septembre, les assaillants ont lancé une offensive d’envergure contre le camp militaire de Dioura. Pendant plusieurs heures, la position a été pilonnée, investie puis pillée. Les insurgés ont ensuite battu en retraite en emportant du matériel lourd et de nombreux otages. Les images de propagande diffusées peu après montrent des dizaines de jeunes conscrits alignés, visiblement terrorisés, ainsi que d’importants stocks d’armes et de munitions saisis.
Un silence officiel assourdissant
Comme à son habitude dans ce type de situation, la communication des autorités maliennes est restée minimale, voire inexistante. Ni les FAMA ni la présidence de transition n’ont confirmé l’ampleur du désastre. Pourtant, sur le terrain, les témoignages affluent et dressent un tableau apocalyptique. Pour les familles des victimes, l’angoisse est totale, exacerbée par le manque d’informations officielles et le déni des autorités de Bamako.
L’échec de la stratégie sécuritaire de la junte
Cette attaque met en lumière l’échec cuisant de la stratégie vantée par le colonel Assimi Goïta et son régime. Depuis le coup d’État et le rapprochement avec Moscou, la junte promettait une montée en puissance de l’armée et l’éradication du terrorisme grâce à l’appui de mercenaires russes. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. L’éviction des forces internationales (MINUSMA, Barkhane) et l’incapacité des partenaires russes à stabiliser le territoire ont laissé les forces maliennes isolées, sous-équipées et vulnérables. Les bases avancées comme Dioura se retrouvent encerclées par des groupes armés mobiles qui frappent où et quand ils le veulent.
Les civils pris au piège
Au-delà du désastre militaire, ce sont les populations civiles de la région de Mopti qui paient le prix fort. À Dioura, l’incompréhension a laissé place à la résignation et au désespoir. Un habitant témoigne sous couvert d’anonymat : « Chaque fois que le camp tombe ou se replie, nous savons ce qui nous attend : les représailles, la peur et le vide absolu. On nous parle de souveraineté à la télévision à Bamako, mais ici, nous n’avons ni protection, ni État, ni avenir. » Les commerçants signalent une paralysie économique totale : les foires hebdomadaires sont annulées, les routes coupées et l’approvisionnement en produits de première nécessité est devenu un miracle. La peur des exactions pousse de nombreux villageois à fuir vers les centres urbains, aggravant le nombre de déplacés internes dans une indifférence quasi générale.
Vers une impasse politique et militaire
Le drame de Dioura sonne comme un avertissement sévère pour les autorités de la transition. À force de privilégier la communication au détriment des opérations de terrain, la junte s’enferme dans une impasse. L’affaiblissement des effectifs, le moral en berne des troupes et la perte de contrôle territorial au Centre et au Nord posent une question urgente : combien de temps encore la souveraineté retrouvée pourra-t-elle masquer l’effondrement de la sécurité nationale ? Sans une réévaluation profonde des alliances, des tactiques militaires et du dialogue avec les communautés locales, le Mali risque de s’enfoncer davantage dans un cercle vicieux où civils et soldats restent les premières victimes de l’aveuglement politique.
