Crise sécuritaire : le Sénégal stoppe les convois vers le Mali face aux attaques du jnim

Le Sénégal interrompt les transports routiers vers le Mali en raison de la menace jihadiste

L’axe Dakar-Bamako, colonne vertébrale des échanges commerciaux entre le Sénégal et le Mali, subit une crise sans précédent. L’Union des routiers sénégalais (URS) a ordonné l’arrêt immédiat des convois de marchandises en direction du Mali, sous la pression croissante des attaques perpétrées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), lié à Al-Qaïda. Depuis fin avril, les jihadistes multiplient les embuscades sur cet itinéraire vital, transformant une route autrefois sûre en zone de danger permanent.

Un axe commercial essentiel paralysé par l’insécurité grandissante

Le corridor Dakar-Bamako est la principale voie terrestre reliant le Sénégal au Mali, un pays enclavé dépendant à plus de 80 % du port de Dakar pour son approvisionnement. Hydrocarbures, produits alimentaires, matériaux de construction et équipements industriels transitent quotidiennement par cette route. La fermeture des frontières avec la Côte d’Ivoire lors des tensions diplomatiques précédentes avait déjà orienté une partie majeure des flux logistiques vers le Sénégal, renforçant encore son rôle central dans l’économie malienne.

L’annonce de l’URS de suspendre les rotations vers le Mali met en péril cet approvisionnement. Sans les camions sénégalais, les réserves de carburant, les denrées essentielles et les produits manufacturés pourraient rapidement s’épuiser dans la capitale malienne. Les consommateurs, déjà affectés par une inflation persistante, risquent de subir une nouvelle hausse des prix dans les semaines à venir.

Le Jnim cible délibérément la logistique pour asphyxier l’économie malienne

Depuis la fin du mois d’avril, le Jnim a radicalisé sa stratégie en s’attaquant aux convois routiers. Les citernes de carburant, les camions de marchandises et les véhicules de transport de passagers sont systématiquement pris pour cibles sur les axes reliant Bamako aux frontières sénégalaise et mauritanienne. Cette méthode, déjà utilisée dans le centre du Mali contre les forces armées, s’étend désormais vers l’ouest du pays, une zone jusqu’alors moins exposée.

Les objectifs du groupe jihadiste sont doubles. D’un côté, il cherche à affaiblir économiquement les zones contrôlées par l’armée malienne en coupant leurs approvisionnements. De l’autre, ces attaques permettent aux combattants de se procurer du carburant et des biens manufacturés, des ressources indispensables pour leur survie dans les zones rurales reculées. Les transporteurs sénégalais en paient le prix fort : plusieurs chauffeurs ont été tués, blessés ou kidnappés lors d’embuscades récentes. Les véhicules détruits représentent des pertes financières considérables pour des entreprises souvent familiales, rarement couvertes par des assurances adaptées.

Une crise aux répercussions économiques et politiques pour Dakar

La décision des routiers sénégalais place le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye dans une situation complexe. Depuis son arrivée au pouvoir, le président a privilégié une approche diplomatique avec les juntes sahéliennes, s’éloignant de la ligne dure adoptée par la CEDEAO sous l’ancienne administration. Cependant, l’escalade de l’insécurité sur le corridor menace directement les intérêts économiques du Sénégal et la sécurité de ses citoyens.

Le port de Dakar, qui a bénéficié du report des flux maliens, pourrait voir son activité diminuer si les convois terrestres vers Bamako restent bloqués. Plusieurs acteurs logistiques envisagent déjà des solutions alternatives, comme le détour par la Mauritanie, plus long et plus coûteux, ou l’utilisation du rail, dont la capacité est limitée. Au-delà des frontières sénégalaises, c’est toute l’économie ouest-africaine qui est ébranlée. La capacité du Jnim à paralyser un axe de plus de 1 200 kilomètres illustre l’étendue du vide sécuritaire laissé par le retrait des partenaires internationaux et la réorganisation de l’Alliance des États du Sahel. Une coordination renforcée entre Dakar et Bamako pour rouvrir le corridor semble, pour l’heure, hors de portée, selon les déclarations des autorités maliennes.