crise au Mali : djihadistes et rebelles menacent Bamako sous le regard impuissant de la junte
La situation au Mali s’aggrave chaque jour un peu plus. Les combats, autrefois cantonnés au nord du pays, s’étendent désormais vers la capitale Bamako. Entre groupes djihadistes, rebelles touaregs et forces gouvernementales, le terrain échappe de plus en plus au contrôle de l’État. Les civils, pris en étau, paient le prix fort de cette escalade.
Bamako dans la ligne de mire des groupes armés
Les attaques se multiplient aux portes de Bamako. En septembre 2024, le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, revendiquait des assauts contre l’école de gendarmerie de Faladié et l’aéroport militaire. Au printemps 2026, une offensive d’envergure a de nouveau frappé plusieurs sites, jusqu’à la capitale. La junte malienne, incapable de rétablir une sécurité durable, durcit ses mesures.
Depuis juin 2026, les autorités ont interdit la vente et l’usage de gros deux-roues hors des zones urbaines. Des zones militaires interdites aux civils ont été créées. Une réponse sécuritaire qui, si elle limite les mouvements des groupes mobiles, aggrave aussi le quotidien des Maliennes et Maliens : déplacements plus dangereux, économie locale asphyxiée, accès à l’aide humanitaire restreint.
Le nord du Mali, terre de conflits sans fin
L’histoire du conflit malien plonge ses racines dans la crise de 2012. À l’époque, le nord du pays sombre dans le chaos : rébellion touarègue, expansion djihadiste, effondrement de l’État après le coup d’État de mars 2012. Depuis, la guerre n’a jamais vraiment cessé. Elle a simplement évolué.
La reprise de Kidal par l’armée malienne en novembre 2023 marquait un tournant symbolique. Bastion historique des rebelles touaregs, cette ville du nord-est était un symbole du rapport de force régional. Pourtant, loin d’apaiser les tensions, cette victoire a relancé une séquence d’affrontements et de représailles.
Les civils, premières victimes de l’insécurité grandissante
Les Nations Unies tirent la sonnette d’alarme. En mai 2026, le Bureau des droits de l’homme alertait sur l’aggravation rapide de la situation. Civils tués, déplacés, privés de nourriture et d’assistance : le bilan humain s’alourdit chaque jour. Les attaques coordonnées des groupes armés, combinées aux restrictions imposées par la junte, plongent le pays dans une précarité sans précédent.
Les djihadistes, les rebelles touaregs et les forces gouvernementales se livrent une bataille sans merci. Les premiers cherchent à épuiser l’État et à étendre l’insécurité. Les seconds revendiquent l’autonomie de l’Azawad, une région du nord qu’ils veulent voir indépendante. Quant à la junte, elle tente de maintenir un semblant de contrôle, mais ses moyens s’amenuisent.
Les accusations d’ingérence et leurs conséquences politiques
En 2024, Bamako accusait l’Ukraine d’avoir soutenu les rebelles touaregs après une défaite militaire majeure près de Tinzaouaten. Kiev a démenti catégoriquement, sans preuve à l’appui. Le Front de Libération de l’Azawad a également nié toute collaboration avec Kiev.
Ces accusations ont servi de prétexte à la junte pour durcir son discours anti-occidental. Pourtant, aucune preuve tangible ne lie la France aux djihadistes. Paris, après avoir rompu ses accords militaires avec Bamako en 2022, a réduit puis stoppé sa présence au Mali. Un vide sécuritaire que la junte a tenté de combler en se tournant vers la Russie, d’abord via le groupe Wagner, puis via d’autres dispositifs militaires russes. Une alliance qui renforce la rhétorique souverainiste des autorités, mais qui ne met pas fin à l’insurrection.
Qui sort gagnant de cette guerre sans fin ?
La junte malienne mise sur la stratégie du « ennemi extérieur ». En désignant des complots étrangers, elle cherche à souder la population autour de son pouvoir. Mais cette rhétorique ne résout pas les fractures locales ni l’insécurité quotidienne. Les rebelles touaregs, eux, gagnent en influence au nord. Leur alliance ponctuelle avec les djihadistes, bien que fragile, leur permet de reprendre du terrain. Les civils, en revanche, n’ont que des pertes à déplorer : vies brisées, déplacements forcés, accès aux services de base compromis.
Les djihadistes, enfin, exploitent le chaos pour étendre leur emprise. Ils n’ont pas besoin de conquérir Bamako pour peser. Leur objectif ? Épuiser l’État, semer la terreur sur les routes et prouver que la junte est incapable de protéger son peuple. Les spécialistes s’accordent à dire que leurs attaques s’étendent désormais bien au-delà de leurs bastions initiaux.
Que nous réserve l’avenir du Mali ?
L’évolution de la crise malienne dépendra de plusieurs facteurs. D’abord, de la capacité de la junte à contenir les offensives du GSIM et des rebelles touaregs. Ensuite, des relations entre Bamako, Kiev, Moscou et les capitales ouest-africaines. Enfin, de la volonté de la communauté internationale à s’impliquer, sans pour autant alimenter les tensions.
Une chose est sûre : sans une solution politique et sécuritaire durable, le Mali risque de s’enfoncer un peu plus dans le chaos. Et les civils continueront de payer le prix fort.
