Contrôles des étrangers au Sénégal : une politique qui divise la société

Une intensification des vérifications administratives dans la capitale sénégalaise

Dakar, Sénégal — Les opérations de contrôle des étrangers se multiplient dans les rues de Dakar et ses environs. En l’espace de huit jours seulement, près de 490 personnes de nationalités diverses ont été interpellées par les forces de l’ordre. Parmi elles, 36 ont été déférées au parquet pour séjour irrégulier, selon les dernières données disponibles. Ces chiffres, révélés lors d’une récente campagne de vérification menée par la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage (DPETV), illustrent une tendance croissante à l’intensification des contrôles administratifs.

L’histoire d’Amadou Bangoura, étudiant béninois installé au Sénégal depuis cinq ans, est emblématique de cette situation. Alors qu’il quittait une salle de sport du quartier de Liberté 6 aux alentours de 22 heures, une patrouille l’a interpellé pour lui demander ses papiers. N’ayant pas ses documents sur lui, il a été conduit jusqu’à son domicile où tout a été vérifié : son passeport et ses titres de séjour étaient en règle. Pourtant, comme il le confie, « l’angoisse d’une expulsion ou d’une détention a immédiatement envahi mon esprit ».

Des contrôles qui alimentent les craintes de la société civile

Ces interventions policières, présentées comme des mesures de routine destinées à renforcer la sécurité, suscitent une inquiétude grandissante au sein de la société civile et des communautés étrangères. Plusieurs organisations, dont Legs Africa, Frapp, Nawle, Afrikajom Center et Diwan Citoyen, ont publié un communiqué conjoint pour alerter sur ce qu’elles qualifient de « logique de suspicion systématique » envers les étrangers.

Dans leur déclaration, elles soulignent que la souveraineté d’un État ne doit pas se transformer en arbitraire. Leur préoccupation majeure porte sur l’évolution des mentalités : « L’étranger n’est plus perçu comme une personne titulaire de droits, mais comme un risque administratif potentiel », est-il précisé. Cette perception, selon elles, risque de rendre le séjour régulier des étrangers au Sénégal plus difficile, voire anxiogène.

Sécurité et hospitalité : un équilibre fragile

Elimane Kane, président de Legs Africa, reconnaît la légitimité des contrôles frontaliers et des vérifications d’identité, essentiels pour la sécurité nationale. Cependant, il met en garde contre une interprétation qui réduirait ces opérations à une politique de rejet des étrangers. « La sécurité ne doit pas exclure l’altérité », rappelle-t-il, insistant sur la nécessité d’une coordination accrue entre les forces de l’ordre pour éviter que ces contrôles ne soient perçus comme des persécutions.

Il rappelle également que la mobilité professionnelle est un phénomène mondial. « Tout comme les Sénégalais partent travailler à l’étranger, les étrangers ont le droit de venir ici pour contribuer à l’économie locale », souligne-t-il. Selon lui, la priorité devrait plutôt être donnée à la création d’opportunités pour les jeunes Sénégalais, afin de limiter les départs et d’attirer des talents étrangers.

Un climat qui interroge

Alors que les opérations de contrôle se poursuivent, la question de leur impact sur l’image du Sénégal comme terre d’accueil se pose. Longtemps reconnu pour son hospitalité, le pays doit désormais concilier sécurité et ouverture, sans tomber dans une logique de suspicion généralisée. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer si ces mesures renforcent effectivement la stabilité du territoire, ou si elles risquent d’isoler davantage une partie de sa population.