Centrafrique : le règne sanglant de Wagner sous le regard impuissant du pouvoir

Centrafrique : le règne sanglant de Wagner sous le regard impuissant du pouvoir

Depuis des années, la République centrafricaine sombre dans un cauchemar sans fin. Les dernières images venues de l’intérieur du pays, diffusées massivement sur les réseaux sociaux début juillet, en sont la preuve glaçante : des exécutions sommaires suivies de décapitations, organisées par des hommes armés. Ces scènes, filmées et commentées avec une froideur macabre, rappellent les pires exactions des groupes djihadistes, mais cette fois, les bourreaux portent l’étendard d’une entité bien connue : le Groupe Wagner.

Des mercenaires de Wagner filmant leurs exactions en République centrafricaine

Le 8 juillet, une opération censée être un désarmement pacifique s’est transformée en piège mortel. Des combattants locaux, venus déposer les armes, ont été pris en embuscade par les mercenaires. Après avoir été abattus, leurs têtes ont été alignées sur le sol, comme une exhibition macabre. Les cris des bourreaux, mêlés aux rires, résonnent encore dans les vidéos : « Vous ne voulez pas la paix ? C’est maintenant. Égorgez chaque personne ! » Ces images insoutenables soulèvent une question : comment un pays peut-il basculer dans un tel niveau de barbarie sans que la communauté internationale n’intervienne ?

Une violence qui s’installe dans le quotidien

Ces scènes ne sont malheureusement pas isolées. Depuis leur arrivée, les hommes de Wagner ont instauré un climat de terreur, transformant la Centrafrique en un territoire où l’horreur est devenue routine. Les supplétifs africains, surnommés « Russes noirs » par les habitants, participent activement à ces exactions. Leur présence, validée par le pouvoir en place, donne à ces mercenaires un permis de tuer sans limites.

La République centrafricaine, souvent décrite comme un État fantôme, un « pays qui n’existait pas », selon le titre d’un ouvrage de référence, est désormais un théâtre où se jouent des scènes dignes des pires conflits du XXe siècle. Malgré les alertes répétées des organisations de défense des droits humains, les autorités centrafricaines ferment les yeux, voire encouragent ces pratiques. La Minusca, la mission de l’ONU sur place, semble impuissante face à cette escalade de violence.

La Centrafrique est devenue une zone grise, où un pouvoir central affaibli coexiste avec une multitude de groupes armés. Dans ce chaos, les mercenaires de Wagner ont su tirer leur épingle du jeu, s’imposant comme une force parallèle. Ils contrôlent désormais des secteurs clés : l’armée, la police, la justice, les services de renseignement, et même la gestion des flux à l’aéroport de Bangui. Leur influence dépasse largement celle des institutions locales.

Un ordre colonial moderne ?

La présence de Wagner en Centrafrique ne se limite pas à des opérations militaires. Ces mercenaires exploitent aussi les richesses minières du pays, tout en imposant leur loi aux habitants. Une statue à la gloire d’Evgueni Prigojine, fondateur du groupe décédé en 2023, a même été érigée. Chaque année, des soldats centrafricains célèbrent son anniversaire aux côtés de leurs « partenaires » wagnériens, symbolisant leur alliance.

Cette situation évoque une forme inédite d’ordre colonial, où une entité étrangère dicte ses règles à un pays en déliquescence. Les disparitions, les tortures et les crimes impunis se multiplient, tandis que les autorités centrafricaines, comme le président Faustin-Archange Touadéra, justifient cette collaboration par un seul mot : « pouvoir ». En 2022, lors d’une réunion ministérielle, le chef de l’État avait lâché : « Nous avons besoin des Russes. C’est grâce à eux que nous gardons le pouvoir. » Garder le pouvoir, quitte à sacrifier la dignité et la vie de milliers de Centrafricains.

Face à ces exactions, l’opposition et la société civile réclament, une fois de plus, le départ des mercenaires et la fin de l’impunité. Mais les autorités répondent par un silence complice, laissant les habitants de ce pays, déjà exsangue, dans un désespoir sans issue.