Ce que l’effondrement de la SOMAÏR et le pari américain de Dasa changent concrètement pour le Niger

L’arrivée de 414 millions de dollars américains dans le projet Dasa bouleverse l’équilibre du secteur minier nigérien et pousse la SOMAÏR (Société des mines de l’Aïr), longtemps exploitée par le groupe français Orano, vers un arrêt quasi total. Pour les populations, les finances publiques et les opérateurs du secteur, les répercussions sont déjà tangibles : recettes d’exportation en chute, emplois menacés et recomposition des alliances économiques autour de Niamey.

Deux trajectoires opposées dans le même pays

Le contraste est frappant. D’un côté, un gisement de Dasa porté par un financement nord-américain et présenté comme l’avenir de l’uranium nigérien. De l’autre, une SOMAÏR exsangue, dont la production s’est effondrée alors qu’elle constituait pendant des décennies un pilier de l’économie nationale. Ce basculement résume à lui seul la nouvelle donne géopolitique et minière qui se joue à Niamey.

Blocages, frontières fermées : l’asphyxie de la SOMAÏR

La chute de la SOMAÏR ne relève pas d’un simple accident industriel. Le déficit de production a atteint des niveaux spectaculaires, jusqu’à plus de 80 % en dessous de ses capacités nominales. En cause, l’impossibilité d’acheminer le concentré d’uranium, le fameux yellowcake, vers le port de Cotonou, conséquence directe de la fermeture des frontières avec le Bénin et du blocage des routes d’exportation.

Cette paralysie logistique, doublée d’une pression financière insoutenable, a poussé Orano à suspendre ses activités. Le gouvernement de transition nigérien a ensuite franchi un cap en retirant les permis et en prenant le contrôle du site. Aux yeux des autorités, la SOMAÏR symbolisait l’ancien modèle jugé néocolonial, dont il fallait se détacher — au prix d’un arrêt presque complet de cette mine historique et des conséquences sociales et budgétaires qui en découlent.

Dasa : le nouveau poumon minier qui compense les pertes

Alors que l’uranium de la SOMAÏR demeure bloqué ou sous-exploité, c’est le projet Dasa, développé par la société canadienne Global Atomic, qui prend le relais et devient la principale bouée de sauvetage du secteur.

Des teneurs exceptionnelles pour remplacer les volumes perdus

Le gisement de Dasa affiche des concentrations en uranium parmi les plus élevées au monde. Ces qualités lui permettent d’absorber une large part des volumes que la SOMAÏR n’exporte plus, et donc de maintenir la présence du Niger sur le marché international de l’uranium.

Washington sécurise son approvisionnement

L’injection de 414 millions de dollars par la DFC américaine envoie un signal clair : là où les acteurs français se retrouvent bloqués ou écartés par le différend politique avec la junte, les États-Unis avancent via des structures financières et des compagnies nord-américaines perçues comme plus neutres par le pouvoir nigérien.

  • Substitution des volumes : Dasa est appelé à compenser une grande partie des pertes d’extraction de la SOMAÏR.
  • Pragmatisme de Washington : garantir l’accès à une ressource stratégique en contournant les tensions diplomatiques.
  • Effet d’entraînement local : emplois, sous-traitance et recettes fiscales se déplacent progressivement vers le nouveau site.

Quelles conséquences pour la souveraineté minière du Niger ?

Ce parallèle met en lumière un paradoxe. Le régime du général Tiani, porté par une politique du tout militaire, se retrouve contraint de s’appuyer sur des investissements européo-américains qu’il avait pourtant durement critiqués à son arrivée au pouvoir. Pour le Niger, l’enjeu dépasse la seule question de l’uranium : il s’agit de savoir qui contrôlera demain les ressources, à quel prix, et avec quels bénéfices concrets pour une économie privée de ses circuits d’exportation traditionnels.

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