Après un recours de la Fédération royale marocaine de football, la Confédération africaine de football (CAF) a statué mardi soir en faveur du Maroc, lui attribuant le titre de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations. Cette décision intervient malgré la victoire du Sénégal (1-0) en finale le 18 janvier dernier. La fédération sénégalaise a immédiatement annoncé son intention de faire appel, tandis que le gouvernement sénégalais a exigé l’ouverture d’une enquête internationale pour des « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ».

Les réactions indignées ne se sont pas fait attendre, qualifiant la décision de la Confédération africaine de football de « blague du siècle » ou de « poisson d’avril ». Deux mois après une finale de la Coupe d’Afrique des Nations marquée par la tension, le jury d’appel de la CAF a annulé la victoire du Sénégal, qui avait pourtant triomphé sur le terrain, pour attribuer le trophée au Maroc. Par un communiqué diffusé mardi, l’instance, après avoir été saisie par la Fédération marocaine, a déclaré que « l’équipe nationale du Sénégal est forfait lors de la finale », le score étant désormais « homologué sur le score de 3-0 » en faveur du Maroc.
Face à cette situation, la fédération sénégalaise a annoncé son intention de faire appel. De son côté, le gouvernement sénégalais a demandé, ce mercredi, une investigation internationale approfondie pour « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ». Marie Rose Khady Fatou Faye, porte-parole de l’exécutif, a affirmé que « le Sénégal rejette sans ambiguïté cette tentative de dépossession injustifiée ».
Les articles 82 et 84 du Règlement de la Coupe d’Afrique des nations au cœur du litige
La fédération sénégalaise a vivement critiqué une « décision inique, sans précédent et inacceptable qui jette le discrédit sur le football africain ». Elle a également précisé qu’elle engagerait « une procédure d’appel devant le Tribunal arbitral du sport » à Lausanne, en Suisse, « dans les plus brefs délais ».
Interrogé par le journal sénégalais Le Soleil, Abdoulaye Sow, secrétaire général de la FSF, a déclaré avec fermeté que le trophée ne serait pas remis au Maroc. « La CAF est pourrie, les réactions dans le monde après cette décision confirment une indignation totale… Le président de la FSF discute avec toutes les personnes concernées. Le combat est loin d’être perdu. Je veux rassurer tous les Sénégalais. Le Sénégal a le droit et la victoire avec lui. La coupe ne quittera pas le pays. »
Revenons sur les événements du 18 janvier. Alors que la finale de la Coupe d’Afrique des Nations approchait de son terme, avec un score toujours nul entre le Maroc et le Sénégal, un incident majeur survient. Dans le temps additionnel de la seconde période, un penalty est accordé au Maroc pour une faute jugée peu évidente de Diouf sur Brahim Diaz. Cette décision arbitrale a provoqué la fureur des joueurs sénégalais, qui reprochaient à l’arbitre d’avoir ignoré une situation similaire en leur faveur quelques instants auparavant.
Dans la confusion générale, le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw a ordonné à ses joueurs de quitter la pelouse du stade Prince Moulay Abdellah de Rabat. Des échauffourées ont éclaté en tribune, avec des supporters sénégalais lançant des projectiles et tentant d’envahir le terrain. Seul Sadio Mané est resté sur le terrain. Après une interruption d’environ 15 minutes, le match a repris. Brahim Diaz a manqué son penalty en tentant une Panenka. Le Sénégal a finalement remporté le match grâce à une frappe magistrale du pied gauche de Pape Gueye.
Après presque deux mois de silence, la décision de la CAF est tombée mardi soir, alors que le PSG se qualifiait pour les quarts de finale de la Ligue des Champions. La CAF a déclaré l’équipe nationale du Sénégal forfait. « Le jury d’appel de la CAF, en application de l’article 84 du règlement de la CAN, déclare l’équipe nationale du Sénégal forfait lors de la finale de la CAN 2025, le résultat étant homologué sur le score de 3-0 en faveur de la Fédération Royale Marocaine de football ».
L’article 84, qui sanctionne, fait référence à l’infraction définie par l’article 82. Ce dernier stipule que « si, pour n’importe quelle raison, une équipe quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée comme perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours ».
La jurisprudence Wydad Casablanca : un précédent pour la CAF
Dans un communiqué, la fédération marocaine de football, tout en « prenant acte de la décision » en faveur des Lions de l’Atlas, a souligné que « sa démarche n’avait jamais eu pour objet de contester la performance sportive des équipes engagées dans cette compétition, mais uniquement de demander l’application du règlement de la compétition ».
Une source proche de la Fédération marocaine a rappelé à l’AFP l’existence d’un précédent notable. En 2019, l’Espérance Sportive de Tunis avait été désignée vainqueur de la Ligue des champions de la CAF, trois mois après que les joueurs du Wydad Casablanca aient quitté le terrain en finale, en signe de protestation contre un dysfonctionnement de la VAR.
Fin janvier, le jury disciplinaire de la Confédération africaine de football avait déjà prononcé des sanctions, notamment des amendes de plusieurs centaines de milliers d’euros, contre les fédérations des deux nations pour des comportements antisportifs et des manquements au fair-play. Par ailleurs, le procès en appel de 18 supporters sénégalais, incarcérés depuis la finale et condamnés pour « hooliganisme » à des peines allant de trois mois à un an de prison, initialement prévu lundi, a été reporté au 30 mars.
