Depuis la rupture des relations diplomatiques entre le Bénin et le Niger à l’été 2023, marquée par la fermeture de la frontière commune et des tensions autour des sanctions régionales, les deux pays entament une phase de réconciliation pragmatique. Une rencontre d’experts des deux capitales a abouti à l’identification de trois projets concrets, conçus pour rétablir progressivement la confiance et relancer les échanges. Cette initiative marque une volonté commune de dépasser les clivages politiques au profit d’intérêts économiques partagés.
Les désaccords persistent : le Bénin a adhéré aux mesures coercitives de la CEDEAO contre Niamey, tandis que le Niger reprochait à son voisin d’accueillir des structures jugées hostiles à sa transition. L’escalade des tensions a trouvé un point d’orgue dans le blocage des exportations de pétrole nigérien via le pipeline reliant Agadem au port béninois de Sèmè-Kpodji. Pourtant, les deux gouvernements ont choisi de privilégier une approche pragmatique, en confiant à des techniciens le soin de désamorcer les crises les plus urgentes.
Trois leviers pour une coopération bilatérale renforcée
Les projets retenus par les experts ciblent les domaines où l’interdépendance entre les deux nations est la plus forte. En tête de liste figure la réouverture progressive des passages frontaliers, suspendus depuis plus d’un an. La reprise des flux commerciaux, notamment pour les biens de première nécessité, est présentée comme une condition sine qua non à la stabilisation des relations.
Le deuxième axe concerne la relance du transport des hydrocarbures nigériens vers le port de Sèmè-Kpodji, via le pipeline exploité avec des partenaires asiatiques. Ce corridor énergétique, vital pour Niamey, a subi de plein fouet l’impact de la fermeture de la frontière, privant le Bénin de revenus douaniers et portuaires essentiels. Enfin, des infrastructures transfrontalières sont envisagées pour dynamiser les échanges et sécuriser les routes commerciales.
Ces choix ne sont pas anodins : ils reflètent les réalités économiques des deux pays. Le Niger, enclavé, dépend à plus de 60 % de ce corridor pour ses exportations et importations. Le Bénin, quant à lui, voit dans ce trafic une source majeure de devises. La logique de complémentarité économique devient ainsi le moteur d’une réconciliation politique.
Une stratégie de dialogue technique pour contourner les blocages
Plutôt que de s’engager dans des discussions politiques sensibles, les présidents Patrice Talon et le général Abdourahamane Tiani ont opté pour une diplomatie discrète, menée par des experts. Cette méthode permet d’avancer sur des dossiers techniques tout en évitant les sujets de discorde, comme la légitimité des régimes ou l’appartenance à la CEDEAO. Une approche similaire a déjà fait ses preuves dans d’autres crises régionales, où la coopération sectorielle a précédé les accords politiques.
Cependant, les défis restent nombreux. Le retrait récent du Niger de la CEDEAO, aux côtés du Mali et du Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), introduit une complexité juridique majeure. Les deux pays devront élaborer un cadre bilatéral autonome, capable de fonctionner en dehors des mécanismes régionaux contestés. Une tâche d’autant plus ardue que les opérateurs économiques des deux rives du fleuve Niger attendent des signes concrets de stabilisation.
Un modèle pour l’Afrique de l’Ouest ?
La réussite de ces projets pourrait servir de référence pour d’autres pays de la sous-région, notamment dans le contexte de la rivalité entre la CEDEAO et l’AES. Les acteurs portuaires, logisticiens et industriels suivent de près l’évolution du corridor Cotonou-Niamey, dont dépendent de nombreux projets d’infrastructure et d’exportation d’hydrocarbures.
Les prochaines semaines seront déterminantes. Plusieurs tentatives de rapprochement depuis 2023 ont échoué, révélant la fragilité des initiatives politiques dans un contexte de divergences institutionnelles. Pourtant, si les trois projets identifiés aboutissent, ils pourraient ouvrir la voie à une normalisation plus large entre les blocs régionaux, tout en offrant une feuille de route pour d’autres contentieux en Afrique de l’Ouest.
