Des brassards rouges bien visibles à leur bras, les avocats marocains ont de nouveau convergé en masse, ce lundi 6 juillet, devant l’enceinte parlementaire de Rabat. Leur grève illimitée, déjà entamée depuis plusieurs jours, se poursuit avec une détermination sans faille, portée par leur rejet catégorique du projet de loi encadrant leur profession.
Revêtus de leurs robes noires emblématiques, les représentants de la profession dénoncent avec virulence les dispositions du texte, qu’ils assimilent à un danger pour leur autonomie professionnelle. Parmi leurs principales craintes : l’ingérence accrue du parquet général et du ministère de la Justice dans leur régime disciplinaire, ainsi que le transfert des prérogatives en matière de formation des futurs avocats. Ils pointent également du doigt les nouvelles règles d’accès à la profession, notamment l’abaissement de l’âge minimal pour se présenter au concours de qualification.
Lors de leur rassemblement précédent, jeudi, les leaders de la profession avaient déjà prévenu : « la lutte ne fait que commencer », tout en brandissant la menace d’un durcissement de leur mouvement si le texte n’était pas purement et simplement abandonné.
Aziz Rouibah, bâtonnier de Rabat, a réitéré cette fermeté lors d’un échange avec la presse. « Nous sommes attaqués dans notre essence même », a-t-il lancé, évoquant une « tentative de mise à mort symbolique de notre métier ». Selon lui, il est « impératif, vital et moral » pour la profession de résister à cette « offensive législative brutale ».
Me Mounir Belghiti, membre du Conseil de l’Ordre des avocats de Rabat, a précisé que ce rassemblement, dont la durée dépendra des discussions en cours, s’apparente à « un dernier recours » envers les parlementaires. Pour lui, la future loi doit incarner « celle de la patrie et de l’avenir », en privilégiant l’intérêt général plutôt que des « règlements de comptes personnels ».
Il a mis en garde contre une perte de confiance généralisée : « Si nous laissons s’installer des lois sur mesure, conçues pour des cas particuliers, nous sapons un pilier essentiel de la démocratie », a-t-il souligné.
Les débats autour de ce projet de loi doivent s’intensifier cette semaine à la Chambre des conseillers. En cas d’adoption de nouveaux amendements, le texte sera renvoyé à la Commission de la justice de la Chambre des représentants pour une nouvelle lecture.
En attendant, l’impact de cette grève illimitée se fait lourdement ressentir dans tout le Royaume. Les juridictions sont paralysées, plongeant les justiciables dans une grande incertitude. Les personnes en détention préventive subissent particulièrement les conséquences de ce blocage, leurs audiences étant reportées depuis près d’un mois.
L’Association des barreaux du Maroc (ABAM), aussi appelée Association nationale des barreaux du Maroc, reste l’instance unificatrice de tous les ordres d’avocats du pays.
