Auguste miremont : les leçons politiques d’houphouët-boigny à ouattara en Côte d’Ivoire

Auguste Miremont, figure emblématique de la vie politique ivoirienne, a marqué plusieurs décennies en tant que premier ministre de la Communication (1989-1993), directeur général de Fraternité Matin et acteur clé des transitions politiques en Côte d’Ivoire. Âgé de 85 ans, cet homme d’État et des médias a accepté de partager son expérience dans un ouvrage intitulé « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… », fruit de 30 heures d’échanges approfondis avec l’écrivain Michel Koffi. Une plongée dans l’histoire politique ivoirienne, entre héritage et modernité.

Ce livre, qui retrace près d’un demi-siècle de vie publique, n’est pas un simple exercice de mémoire. Auguste Miremont y voit avant tout un devoir de transmission : « L’idée n’était pas de me mettre en avant, mais de laisser une trace pour les générations futures », explique-t-il. Le projet a nécessité 18 mois de travail, des entretiens riches en anecdotes et en réflexions, où l’ancien ministre a puisé dans ses souvenirs pour corriger, reformuler et enrichir le récit. Une collaboration exigeante, mais aussi profondément humaine, où la confiance et la complicité avec l’auteur ont joué un rôle central.

Pour Auguste Miremont, ce livre est d’abord un hommage à la Côte d’Ivoire de Houphouët-Boigny, un modèle de stabilité et de rayonnement sous-régional. Un pays où il faisait bon vivre, où l’économie prospérait et où la diplomatie rayonnait. Mais il revient aussi sur les crises politiques qui ont ébranlé ce socle : la succession houleuse entre Bédié et Ouattara, les violences post-coup d’État de 1999, et les tensions qui ont suivi jusqu’à l’ère Gbagbo.

Les crises politiques : entre mémoire et douleur

Parmi les moments les plus douloureux de son parcours, Auguste Miremont cite sans hésiter la période 1999-2011. Le coup d’État contre Henri Konan Bédié en décembre 1999 a été un choc : « Voir le pays basculer de cette manière m’a profondément affecté. Nous avions une majorité parlementaire solide, une institution en place, et tout s’est effondré en quelques heures. » Mais ce qui l’a le plus marqué, c’est la violence qui a suivi : la mort de Robert Guéï, celle d’Émile Boga Doudou, et l’effritement de l’image d’une Côte d’Ivoire stable et respectée.

« Nous étions perçus comme un modèle, un pays capable d’accueillir ceux qui fuyaient les crises ailleurs. Et soudain, nous devenions un sujet de moqueries dans la presse internationale. Pour quelqu’un qui a connu l’apogée d’Houphouët-Boigny, c’était insupportable », confie-t-il, la voix chargée d’émotion. Pourtant, il garde espoir : « Si le pays a tenu bon aussi longtemps, c’est grâce à la magie politique d’Houphouët. »

Houphouët-Boigny, Ouattara et l’art du leadership

Auguste Miremont a servi sous quatre présidents : Houphouët-Boigny, Bédié, Guéï et Gbagbo. Mais c’est avec Alassane Ouattara qu’il établit une comparaison éclairante. Pour lui, le président actuel est celui qui a le plus intériorisé la philosophie d’Houphouët-Boigny : patience, écoute, et réactivité. « Ouattara a hérité de cette capacité à temporiser, à apaiser les tensions et à agir au bon moment. Ce qui m’a toujours impressionné chez lui, c’est son doigté politique. »

Cependant, il nuance : « En tant que Premier ministre, il était d’une fermeté implacable. Une simple erreur de ligne directrice pouvait coûter sa place à un membre du gouvernement. Aujourd’hui, avec l’expérience et l’âge, il semble plus clément. C’est une évolution naturelle. »

Le respect mutuel entre les deux hommes est palpable. Auguste Miremont évoque leur collaboration avec une pointe de nostalgie : « Avec Ouattara, j’ai toujours eu des rapports de confiance et de loyauté. Son courage et sa persévérance forcent l’admiration. Il a su relever des défis que beaucoup auraient abandonnés. » Il se souvient aussi de son extrême courtoisie : « Même lorsqu’il ne pouvait répondre immédiatement à un appel, sa secrétaire me rappelait dans la demi-heure pour savoir de quoi il s’agissait. Une attention qui en dit long sur son respect pour autrui. »

L’héritage économique et social : progrès et défis

Sur le plan économique, Auguste Miremont salue les réalisations d’Alassane Ouattara : routes, universités, hôpitaux, et même des projets ambitieux comme un boulevard inspiré des Champs-Élysées à Daloa. « Quand on voit ces infrastructures, on comprend qu’il y a une dynamique réelle. La Côte d’Ivoire a repris son souffle. » Pourtant, il reste lucide : « Tout n’est pas parfait. La cherté de la vie et la pauvreté persistent. Mais le gouvernement a mis en place des dispositifs comme les filets sociaux et les écoles de la deuxième chance, qui montrent une volonté de corriger les déséquilibres. »

Il cite en exemple les bourses d’apprentissage offertes dans sa région, Bin-Houyé, ou encore les programmes de formation professionnelle. « Ces initiatives sont essentielles. Elles donnent une seconde chance aux jeunes et montrent que l’État ne tourne pas le dos à ceux qui en ont besoin. »

Une Côte d’Ivoire à l’aube d’un nouveau chapitre

Âgé de 85 ans, Auguste Miremont observe avec bienveillance la Côte d’Ivoire contemporaine. Pour lui, Alassane Ouattara, bien que proche de la fin de son mandat, reste un pilier. « Il tient encore la barre avec fermeté. Son ambition ? Construire une Côte d’Ivoire unie, solidaire et prospère. Et force est de constater qu’il a déjà accompli beaucoup. »

Interrogé sur l’après-Ouattara, il préfère ne pas anticiper : « Parlons plutôt de son travail actuel. Les réalisations sont là, visibles dans tout le pays. Pourquoi se presser ? Laissons-le finir son mandat. »

Un regard sans concession sur la politique ivoirienne

Auguste Miremont ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque les crises politiques. Pour lui, la clé du succès réside dans l’écoute, la fermeté mesurée et la capacité à anticiper. Des qualités qu’il a vues incarnées tour à tour par Houphouët-Boigny et Ouattara, mais qui font parfois défaut dans la gestion des transitions.

Son livre, « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… », est bien plus qu’un témoignage : c’est un plaidoyer pour une politique plus humaine, plus responsable, et surtout, plus tournée vers l’avenir. Une invitation à tirer les leçons du passé pour bâtir un pays plus fort.