Amnesty International alerte sur les violations des libertés fondamentales au Mali
Alors que les tensions s’intensifient au Mali, Amnesty International tire la sonnette d’alarme concernant les restrictions imposées à la liberté de circulation des civils. Depuis deux semaines, des groupes armés exercent un blocus routier aux abords de Bamako, aggravant une situation humanitaire déjà précaire. Les régions du centre et du nord du pays subissent de plein fouet les conséquences de ces attaques, notamment le Jnim et le FLA, qui perturbent gravement les axes logistiques vitaux.
Une crise humanitaire aggravée par les restrictions imposées aux civils
Dans un communiqué publié le 15 mai, l’organisation internationale dénonce les « conséquences inacceptables » des blocages sur les droits fondamentaux des populations. Amnesty International met en garde contre les risques de violations accrues des droits à la sécurité alimentaire, à la santé et à la sécurité des civils malien(ne)s.
L’ONG cite notamment l’attaque d’un convoi civil le 6 mai sur la route entre Bamako et Bougouni, où des camions transportant des denrées alimentaires ont été visés. Selon ses informations, « ces véhicules n’étaient ni escortés par l’armée ni chargés de matériel militaire », ce qui souligne l’atteinte au droit international humanitaire.
Kidal : une ville sous tension entre rebelles et armée malienne
De son côté, l’armée malienne annonce une intensification de ses frappes sur la ville de Kidal, passée sous contrôle des rebelles touareg du FLA et de leurs alliés du Jnim fin avril. Les autorités militaires revendiquent des opérations ciblées, tandis que les séparatistes touareg affirment détenir 200 prisonniers suite aux affrontements du 25 avril.
Une habitante de Kidal témoigne de difficultés croissantes : « Les coupures d’électricité et les perturbations des communications rendent la vie quotidienne extrêmement compliquée. » Dans le nord du pays, la méfiance s’installe, et les populations peinent à distinguer les informations fiables des rumeurs.
Le centre du Mali : une zone sous emprise djihadiste
Les zones du centre, notamment la rive gauche du fleuve Niger (région de Ségou) et une partie de Koulikoro, sont désormais sous contrôle de groupes djihadistes. Ces derniers y prélèvent des impôts religieux (zakat) et ferment systématiquement les établissements scolaires. Selon les dernières estimations, plus de 2 300 écoles restent fermées au Mali, principalement dans le nord et le centre.
Abdoulaye Sounaye, spécialiste des groupes armés au Sahel, souligne que « les forces en présence semblent actuellement en phase d’observation et de réorganisation, tant du côté de l’armée que des groupes insurgés. » Il ajoute que « le gouvernement et le régime militaire se préparent à une reprise des hostilités, tandis que le Jnim et le FLA ajustent leurs stratégies. »
Vers un dialogue nécessaire pour sortir de la crise ?
Plusieurs experts, dont Ahmed Ould Abdallah (centre 4S), estiment qu’un dialogue inclusif est indispensable pour résoudre la crise sécuritaire. « La crise au Mali dépasse les enjeux militaires. Il s’agit d’un problème politique qui nécessite une ouverture du gouvernement à toutes les composantes de la société. »
Abdoulaye Sounaye partage cette analyse : « Un règlement négocié est inévitable. tôt ou tard, les parties devront s’asseoir autour d’une table pour trouver un accord. »
Cependant, les autorités maliennes maintiennent leur position : « aucune négociation n’est possible avec le FLA ou le Jnim, qualifiés de groupes terroristes. Pourtant, des discussions secrètes ont déjà eu lieu pour faciliter l’approvisionnement en carburant, illustrant les contradictions de la stratégie gouvernementale.
