Alliance historique pour booster la transformation du cacao africain

Les points clés à retenir

  • Coopération régionale : Quatre nations majeures du cacao, représentant plus de soixante pour cent de la production mondiale, officialisent leur alliance ce 14 juillet
  • Priorité stratégique : Remplacer l’exportation de fèves brutes par une transformation locale intensive
  • Défis réglementaires : Réponse commune au règlement européen sur la déforestation (EUDR) applicable fin décembre
  • Investissement concret : Une usine de 70 000 tonnes prévue au Nigeria dès 2027

Abuja a marqué l’histoire du cacao africain ce 14 juillet en accueillant la signature de la Déclaration d’Abuja. Le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria ont uni leurs forces pour créer une alliance inédite visant à révolutionner la filière. Ces quatre géants produisent à eux seuls plus de soixante pour cent du cacao mondial, une domination qui pourrait désormais se traduire par une maîtrise accrue de la valeur ajoutée.

Une stratégie coordonnée face aux marchés internationaux

Le sommet « From Bean to Brand » a été organisé sous l’égide du ministère nigérian de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement. John Owan Enoh, ministre d’État, a piloté les négociations visant à harmoniser les politiques nationales et à négocier collectivement avec les acheteurs mondiaux. Cette coordination technique, portée par les représentants du Ghana Cocoa Board et du Conseil du Café-Cacao ivoirien, dépasse largement le cadre d’une déclaration symbolique.

Réponse unifiée au règlement européen sur la déforestation

L’alliance s’attaque de front au Règlement de l’Union européenne sur la déforestation (EUDR), dont l’entrée en vigueur est prévue le 30 décembre. Ce texte exige une traçabilité irréprochable des matières premières, un défi coûteux pour les petits producteurs. Les pays membres misent sur une négociation collective pour obtenir des aménagements ou des délais, tout en protégeant leurs exploitants des surcoûts imposés par cette réglementation.

Vers une industrie locale de transformation

L’objectif central de cette alliance est de basculer d’un modèle d’exportation de fèves brutes vers une production locale de beurre de cacao, de poudre ou de chocolat. Une première concrétisation est prévue avec la construction d’une usine de 70 000 tonnes à Sagamu, dans l’État d’Ogun au Nigeria. Porté par Sunbeth Global Concepts, ce projet devrait voir le jour en 2027, marquant une étape décisive pour l’industrialisation de la filière.

En parallèle, le Nigeria s’est engagé à accélérer sa propre transformation locale grâce à des objectifs nationaux ambitieux. Le pays, quatrième producteur africain, cherche à rattraper son retard face à la Côte d’Ivoire et au Ghana, qui disposent déjà d’infrastructures de broyage bien établies.

La Côte d’Ivoire, leader mondial sous pression

Premier producteur mondial avec près de 40 % de l’offre globale, la Côte d’Ivoire mise sur cette alliance pour renforcer sa position. Le Conseil du Café-Cacao, basé à Abidjan, régule déjà une partie de la production, mais la majorité des fèves sont encore exportées pour transformation à l’étranger. Cette initiative pourrait inciter les industriels, notamment européens, à investir davantage dans des unités locales, transformant ainsi les conditions d’approvisionnement.

Feuille de route et prochaines étapes

La mise en œuvre opérationnelle de l’alliance débutera dans les mois à venir avec la création d’une structure de coordination entre les quatre pays. Le premier défi concret sera la négociation collective face au règlement européen, dont l’échéance est fixée au 30 décembre. Une coordination renforcée qui pourrait bien redéfinir les règles du jeu dans l’industrie mondiale du cacao.