Alain-Georges Moukoko nommé procureur général de Libreville : un profil vert pour un parquet sous pression

Un nouveau procureur général à la tête du parquet de Libreville

Le parquet général de Libreville a un nouveau patron. Le 16 septembre 2026, à Port-Gentil, le Conseil supérieur de la magistrature a nommé Alain-Georges Moukoko procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville. Il succède à Eddy Narcisse Minang, dans le cadre de la réorganisation décidée au sommet de la magistrature. Cette nomination intervient alors que la justice gabonaise est appelée à plus d’efficacité, de rigueur et de crédibilité.

Un magistrat au parcours singulier

Âgé de 52 ans, Librevillois, Alain-Georges Moukoko a construit sa carrière entre le parquet et le siège. Formé à l’École nationale de la magistrature, il a été procureur de 2007 à 2016 avant de rejoindre la Cour d’appel de Mouila. Il a également suivi plusieurs formations internationales en droit humanitaire, leadership, lutte contre la corruption et criminalité transnationale. Son passage comme Humphrey Fellow aux États-Unis a renforcé cette dimension internationale.

Un profil marqué par la justice environnementale

Fondateur de l’Association des magistrats verts du Gabon, il s’est illustré dans les dossiers de justice environnementale. Sa biographie publiée dans le cadre du programme Humphrey mentionne des affaires d’exploitation forestière illégale, de pêche illicite, de braconnage et de trafic d’espèces protégées et d’ivoire. Cette expérience lui a donné une visibilité dans une région où les réseaux criminels environnementaux dépassent souvent les frontières.

Autre fait marquant : le prix Iqbal Masih reçu en 2015 pour son engagement contre la traite des enfants. Le département américain du Travail avait alors souligné son rôle dans le démantèlement de réseaux de travail forcé et de traite, ainsi que dans la formation des acteurs publics à la protection des victimes.

Une équipe et des attentes précises

À la tête du parquet général de Libreville, Alain-Georges Moukoko sera entouré de trois avocats généraux : Hortense Komba Bango épouse Ngossanga, Olivier Nzaou et Angélique Ndouna, ainsi que de deux substituts généraux, Rodrigue Ondo Mfoumou et Andy Kinette Ntsame Mamadou. Le CSM l’a également inscrit au tableau d’avancement au grade hors hiérarchie.

Cette nomination s’inscrit dans un contexte où le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, a fixé des attentes claires lors de la session de Port-Gentil : traitement diligent des procédures, meilleur encadrement des pratiques judiciaires et respect des délais raisonnables. Une feuille de route qui dépasse les simples mouvements de personnes.

Les défis d’un parquet au cœur des enjeux économiques et environnementaux

Le choix d’Alain-Georges Moukoko revêt une dimension particulière alors que le Gabon renforce la protection de ses forêts, de ses ressources halieutiques et de sa biodiversité, tout en développant ses activités minières et industrielles. À la tête du parquet général de Libreville, il pourra traiter des affaires où se croisent activité économique, sécurité juridique, protection des intérêts publics et répression des infractions.

Il devra surtout inscrire son expérience dans un exercice différent de celui qui l’a fait connaître. Diriger un parquet général implique de coordonner plusieurs niveaux du ministère public, d’assurer la cohérence de l’action pénale et de veiller au suivi des procédures. La performance de l’institution ne se mesurera pas uniquement au nombre d’affaires ouvertes, mais aussi à la qualité des dossiers, à leur célérité et à l’exécution des décisions de justice.

Une succession qui appelle des précisions

La succession avec Eddy Minang mérite une distinction. Le CSM a procédé à la nouvelle nomination après avoir entériné la situation disciplinaire de l’ancien procureur général, dont les voies de recours restent ouvertes conformément au droit applicable. Le changement de titulaire ne constitue donc pas, à lui seul, une explication des décisions précédentes ni la preuve d’un lien entre les deux dossiers.

Pour Alain-Georges Moukoko, l’enjeu est désormais de transformer un parcours déjà riche en résultats concrets au cœur de la capitale judiciaire du pays. Son expérience environnementale, sa connaissance du ministère public et son exposition internationale sont des atouts. La véritable mesure de son mandat sera cependant quotidienne, dans la façon dont le parquet poursuivra les dossiers, respectera les garanties procédurales et répondra aux attentes des justiciables.

Libreville accueille donc un procureur général au parcours singulier. À lui de démontrer que cette expérience peut se traduire en une justice plus lisible, plus diligente et plus solidement ancrée dans le droit.

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