Accord sur l’eau entre rdc et Tchad : les tensions resurgissent à N’Djamena

Un débat parlementaire sous haute tension au Congo. Une élue a exigé, sans succès, la divulgation immédiate d’un accord controversé sur l’exploitation des ressources hydriques. L’ancienne ministre de l’Environnement, Mme Bazaïba, n’a jamais cédé à cette demande. Elle rappelle que, suite aux remous provoqués par l’accord entre les présidents Joseph Kabila et François Bozizé, le défunt chef d’État tchadien Idriss Déby Itno avait lancé un avertissement sans équivoque : « Si le Congo refuse de partager ses ressources en eau, nous serons contraints de nous en emparer par tous les moyens disponibles. »

Idriss Déby Itno, dont le règne s’est achevé tragiquement en avril 2021, a laissé derrière lui une région marquée par des conflits transfrontaliers. Son fils, Mahamat Idriss Déby Itno, a hérité du pouvoir grâce à une médiation internationale, notamment conduite par le président congolais Félix Tshisekedi. Cette intervention a même valu à ce dernier l’honneur d’une rue à son nom dans la capitale tchadienne.

Dès 2014, la République Démocratique du Congo avait mis en place une cellule de veille dédiée à la surveillance des eaux du pays. Eve Bazaïba, alors députée et aujourd’hui figure politique majeure, dénonçait déjà un « complot international visant à spolier le Congo, avec des complicités locales ». Pourtant, malgré son passage au gouvernement, cette cellule n’a jamais produit aucun rapport tangible.

Douze ans plus tard, Mahamat Idriss Déby Itno a convié Félix Tshisekedi au Forum africain de l’eau à N’Djamena. Le président congolais y a exposé cinq axes stratégiques pour une gestion durable des ressources hydriques :

  • Intégration des politiques : lier la gestion de l’eau à celle de l’agriculture, de l’énergie, de la santé et des infrastructures.
  • Renforcement de la gouvernance : institutions transparentes, redevabilité accrue et gestion optimisée des infrastructures.
  • Préparation de projets bancables : attirer des investissements privés et internationaux grâce à des initiatives techniquement viables.
  • Financement diversifié : mobiliser des fonds publics, privés et des partenariats étrangers.
  • Industrialisation par l’eau : développer une filière locale de production d’équipements hydriques et numériques.

Le président Tshisekedi a insisté sur l’impossibilité pour un État de garantir seul sa sécurité hydrique. Il a plaidé pour une coopération continentale afin de hisser l’eau au rang de priorité politique absolue. Certains observateurs y voient une ouverture vers le projet controversé de transfert des eaux de l’Ubangi vers le lac Tchad, bien que Kinshasa n’ait jamais officiellement évoqué cette solution.

Avec des ambitions claires d’ici 2035 — 60 % d’accès à l’eau potable, 50 % pour l’assainissement et 80 % dans les écoles et hôpitaux — la RDC mise sur ce forum pour relancer une dynamique panafricaine. Pourtant, aucun pays voisin membre de la Commission du bassin du lac Tchad n’a répondu présent, à l’exception notable du Gabon, de la Mauritanie et du Bénin. Le Cameroun, le Niger et le Nigeria ont boudé l’événement, alors que le lac Tchad, autrefois vaste de 25 000 km², ne couvre plus que 2 000 km² en 2024.

Les raisons de ce boycott restent floues. En 2019, l’ancien ministre des Affaires étrangères Patrick Mayombe avait alerté sur des manœuvres visant à contourner les autorités congolaises. Un dirigeant d’ONG basé à Kisantu, identifié sous le nom de Kalele, aurait signé des documents au nom de la RDC sans mandat officiel, lors de rencontres internationales sur le transfert des eaux du Congo.

L’ancien rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, avait déjà pointé du doigt une logique impitoyable : celle des « peuples non rentables », dont les ressources seraient sacrifiées au profit d’intérêts globaux. Une analyse qui résonne avec la situation actuelle.

Dans son essai « La République des Inconscients », l’ancien sénateur et ministre Modeste Mutinga Mutuishayi alerte : « L’eau, c’est la vie. Si ceux qui nous gouvernent ne mesurent pas l’urgence de la crise hydrique, c’est un suicide collectif qui nous attend. »